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Un portrait général : le G.I. de la Century Division...

 
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Century
Technician 4th Class
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MessagePosté le: 02/05/2007 20:59:52    Sujet du message: Un portrait général : le G.I. de la Century Division... Répondre en citant

Je vous soumets ici un texte que j'ai écris et qui a été publié dans le numéro spécial mars 2005 de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Lorraine, section du Pays de Bitche "Ces G.I.'s qui libérèrent le Pays de Bitche. Qui étaient nos libérateurs".

Cet article est surtout le fruit d'un travail que j'ai effectué auprès de certains vétérans de la 100th ID US qui ont bien voulus m'aider en répondant à un questionnaire. J'espère, et je pense, qu'a travers le^portrait du simple soldat de la Century Division on dresse aussi celui du jeune américain emporté dans le tourbillon de la guerre...

Ces G.I.’s qui libérèrent le Pays de Bitche

Qui étaient nos libérateurs ?

L’anniversaire et les commémorations de la libération sont l’occasion de comprendre qui étaient ces milliers de soldats américains qui traversèrent notre région en ces années 1944 et 1945.

Maurice, Franklin, Frank, William, Jack, Melvin, Joseph, Clarence, Ralph, Foster, Neil, Harold, Logan, Robert, Caldon, John, ... Combien sont passés dans le Pays de Bitche ? Difficile à dire étant donné le nombre d’unités américaines dont le destin a été lié pour une semaine ou pour des mois à notre région.
Un chiffre est certain : 13688.
13 688 officiers et soldats de la 100eme division U.S., La Century Division qui est la plus liée à l’histoire du Bitcherland.

C’est au travers de ces hommes que nous allons découvrir qui étaient les libérateurs du Pays de Bitche. Destinées individuelles si semblables que celles des hommes de la 44ème, 70ème , 45ème , 36ème , de la 4ème ou 12ème Division Blindée, du 781ème Tank Battalion et de tellement d’autres unités de support.

POURQUOI SONT-ILS VENUS LIBERER L’EUROPE ?

QUI ETAIENT-ILS ?

QU’ONT ILS VECU ?



Les Etats-Unis…

Pour comprendre qui sont les hommes il faut connaître la nation qui les a forgée.

« Nous, le peuple des Etats-Unis, afin de former une union plus parfaite, d’établir la justice, d’assurer la tranquillité intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général et d’assurer à nous-mêmes et à notre postérité les bienfaits de la liberté, ordonnons et établissons la présente constitution pour les Etats-Unis d’Amérique »
Introduction de la constitution américaine du 17 septembre 1787.

"Union plus parfaite", "justice", "bien-être général", "prospérité", "liberté"…
Il n’y manque que la religion, implicite et culturellement ancrée, pour définir les Etats-Unis en son coeur.

Parfois difficile à comprendre avec notre histoire européenne, l’Amérique n’était pas une nation présomptueuse mais une nation héritière des valeurs de ses pères fondateurs.
C’est l’histoire d’une jeune nation et celle d’un nouveau départ. Elle prend ses sources au XVIIème siècle.

Les colonies anglaises en Amérique se développent, prospèrent malgré crises et guerres. Elles se gouvernent elles mêmes. Cette autonomie crée des tensions avec Londres et pousse à la rupture. En 1775 débute la guerre d’indépendance. Le 4 juillet 1776 le congrès proclame l’indépendance des Etats-Unis. Les armes à la main, les américains font face à la puissante armée anglaise. Ils seront soutenus par la France face à l’ennemi commun anglais.

L’Angleterre, sans soutien et défaite à Yorktown, cède. Elle entame des pourparlers avec les « colonies ». En 1783 un traité de paix anglo-américain est signé à Paris le 4 février. Par ce traité de paix, l’Angleterre reconnaît l’existence de la République Fédérée des Etats-Unis.
C’est la première fois qu’une colonie obtient son indépendance et devient une nation à part entière.
La constitution américaine, toujours en application, est adoptée le 17 septembre 1787.
Il faudra encore d’autres événements pour que la nation des Etats-Unis d’Amérique soit celle qui nous intéresse au XXème siècle.
Mais les bases de la nation sont là. "Sous la bienveillance de l’être suprême, le meilleur régime qui soit ici-bas est crée".

C’est ce que John L. O’SULLIVAN en 1839 nommera la "destinée manifeste".
«Notre naissance nationale a été le commencement d’une nouvelle histoire, de la formation et la propagation d’un nouveau système politique, qui nous différencie du passé et nous relie à l’avenir seulement […] Nous pouvons penser avec confiance que notre pays est destiné à être la grande nation du futur.
C’est notre haute destinée, de nature éternelle, […] Ceci sera notre future histoire, pour établir sur terre la dignité et le salut moral de l’Homme – la véritable et la bienfaisance immuable de Dieu. »
Extrait de l’article « The great nation of Futurity » publié dans « The United States Democratic Review Vol. 6 Issue 23 de 1839.

Même si ce n’est pas aussi marqué dans les comportements et les raisonnements, cela reste l’idée sous-jacente qui représente la grande nation des Etats-Unis d’Amérique.

Une armée est la représentation de sa nation. Elle l’est dans ses comportements, ses attitudes, ses façons de penser et d’agir. C’est le cas de l’armée américaine.
Le combattant de 1944-1945 n’arrive donc pas pour apporter une culture. Il vient faire son job. Celui qui lui incombe de par sa "destinée manifeste". Il vient défendre la liberté…



L’Amérique en guerre…

L’intervention directe des Etats-Unis dans la guerre n’allait pas de soi. Jusqu'au 7 décembre 1941, l’opinion publique américaine est en majorité non interventionniste.

A la fin des années 20, l’Amérique est à l’apogée de sa transformation économique, bien en avance sur le reste du monde. L’Europe ne connaîtra une telle situation que dans les années 60. Pour exemple, un américain sur 6 est alors motorisé contre un sur 44 en France.

Mais elle est aussi touchée de plein fouet par la crise économique de 1929. Crise qui connaîtra son apogée en 1932 et ne finira vraiment qu’avec l’entrée en guerre en 1941.
En 1933, un quart de la population active américaine est au chômage, soit 12 millions de chômeurs. Les préoccupations des américains tournent donc autour de leur situation économique. Le pays entre dans un isolationnisme profond.

1933 : ROOSEVELT entre en fonction et met en application sa politique du « New Deal ». Il permet ainsi au pays de remonter la pente.
1933, l’année où HITLER prend le pouvoir en Allemagne…
Deux pays en crise, deux nouveaux dirigeants, deux politiques… Deux futurs adversaires...

En 1934 le congrès vote une loi qui interdit le prêt d’argent aux pays n’ayant pas remboursé les dettes antérieures (autant dire quasiment tous les pays européens). En 1935 et 1937 sont votés les lois de neutralité. Lors d’un conflit, les Etats-Unis doivent ainsi proclamer un embargo sur les armes aux différents belligérants. L’Amérique se protège de plus en plus derrière un mur isolationniste. Mais au loin le monde tremble. Le nazisme, le fascisme et l’impérialisme japonais sont de plus en plus affamés.

Si en 1938 ROOSEVELT se fait discret lors des accords de Munich, il sait bien la nécessité de s’impliquer. Il prépare discrètement le pays, dont l’opinion publique n’est pas prête à une guerre, à faire face. Il sait que le pays ne pourra éternellement en rester à l’écart.
En 1939 il fait augmenter les crédits de l’armée. Le 4 novembre 1939 il fait remplacer l’embargo des lois de neutralité pour les remplacer par le "Cash and Carry" (payement à l’achat et enlèvement par l’acheteur).

Mai 40 voit l’effondrement du front en France. Le service militaire obligatoire est mis en place. Mais Roosevelt doit encore faire basculer l’opinion américaine…

Le 7 décembre 1941, l’empire du soleil levant s’attaque aux Etats-Unis. C’est Pearl-Harbor, véritable électrochoc à l’échelle de la nation, qui va faire basculer l’opinion publique. L’isolationnisme est mort.
Les Etats-Unis déclarent la guerre au Japon le 8 décembre 1941. Liés par le pacte tripartite, ce sont l’Italie et l’Allemagne qui décident de déclarer la guerre à l’Amérique le 11 décembre.
Il Reste à Roosevelt une tâche. Celle d’expliquer à son pays que l’Allemagne est l’objectif prioritaire même si c’est le "Jap" qui la traîtreusement attaqué.


L’armée américaine…

L’armée américaine d’alors n’est pas l’armée américaine que nous connaissons actuellement. Celle-ci a changé dans son fonctionnement et sa raison d’être avec la guerre froide.
Avant guerre, l’armée américaine n’a pas une grande importance. Elle ne compte que 130 000 hommes entre 1920 et 1940. Une armée minuscule au regard de sa population et des autres armées.

Les Etats-Unis ne connaissent pas de menaces extérieures, ce qui, conforté par l’isolationnisme, rend l’existence d’une armée permanente inutile. D’autant plus qu’il existe la tradition des "minutemen" : le citoyen défenseur de sa nation.
L’armée est cantonnée au rôle d’armée cadre, extensible en cas de besoin.

L’autre composante de la défense américaine est la garde nationale de chaque Etat. La garde nationale descend historiquement et culturellement des milices. Elle est la réserve générale de l’armée et la force de maintien de l’ordre local. Elle est à différencier de la réserve, qui elle aussi, vient gonfler l’effectif de l’armée en cas de besoin.

Le 16 septembre 1940, Roosevelt met en place la première loi de conscription en temps de paix. Le service militaire obligatoire n’existe pas jusqu’en 1940. Même si l’appel sous les drapeaux a existé deux fois jusqu’alors. Une première fois durant la guerre de sécession en 1863 (soit deux ans après le début du conflit), et une seconde fois en 1917. Le service militaire en temps de paix est une révolution qui montre bien les inquiétudes de Roosevelt et de son état-major. C’est donc une étape importante dans le travail qu’il réalise depuis 1937 pour préparer son peuple à entrer dans le conflit mondial.

L’armée américaine est une armée de citoyens, de"Citizen soldiers" : "Army is the people". Il n’y a pas le même lien avec l’armée que ce que l’on peut alors connaître en Europe, qui est le fruit de nombreux conflits, contrairement à l’Amérique.
Ce ne sont pas des citoyens qui intègrent l’armée, c’est l’armée qui intègre des citoyens. La nuance est de taille. Comme le dit Vincent DESPORTES dans l’Amérique en armes : « l’Armée des Etats-Unis, c’est probablement plus que pour beaucoup d’autres nations l’union du père, des frères et des fils pour assurer la survie d’abord, la liberté ensuite, la suprématie enfin ».

Comme nous l’avons vu, pour entrer en guerre le pouvoir doit avoir le soutien de la nation. Ce soutien, c’est de l’attaque du 7 décembre qu’il va venir.


L’histoire de l’armée américaine est un ensemble de formidables montées en puissance suivie de brutales démobilisations. Cela va être vrai une fois de plus. De 130 000 hommes elle atteindra un maximum de 16 millions de combattants et personnes intégrées à la défense en 1945.

Fin 1939, l’Army (armée de terre) ne compte que 5 divisions d’actives. Un an plus tard elle en compte une quinzaine, dont deux blindées. Au 7 décembre 1941, 25 divisions dont 5 blindées.
Les Etats-Unis se préparent à atteindre un format de 200 divisions en mars 1945 (ce qu’elle aurait tout de même eu du mal à atteindre). Elle en déploiera 95 : 60 sur le théâtre d’opération européen, 6 en Italie, 27 dans le pacifique.

Pour mémoire, une division d’infanterie compte environ 14 000 hommes, et une division blindée entre 10 000 et 12 000. Ce à quoi il faut rajouter nombre d’unités de soutien. Chaque division est une petite armée autonome.

Si l’ennemi est plus aguerri et plus expérimenté dans la guerre, l’Amérique, elle, se caractérise par le souci d’avoir la supériorité constante d’un point de vue logistique et matériel. C’est sa puissance !




Les G.I.’s…

Le 7 décembre 1941,
Frank HANCOCK a 16 ans, tout comme William A . PRESTRIDGE, Bill GLAZIER, William Presley SCHULER, Norman REDLICH et Harold W. LANZER.
William Dirk WARREN en a 15 ; H.O. SMITH, Joseph C. KANE et Logan L. DUTTON en ont 17. Jack T . BROWN 18. Clarence M. RINCKER 19 et William Clifton PICKLE 20.

Frank E. HANCOCK est de Baltimore dans le Maryland. Bill GLAZIER et Norman RIEDLICH de New-York. William A. PRESTRIDGE d’Amarillo - Texas. H.O. SMITH d’El Dorado - Kansas. William Dirk WARREN de Camden - New Jersey. Jack T. BROWN de Lincoln - Illinois. William Clifton PICKLE d’Attala County dans le Mississipi. William Presley SCHULER, Stockton - Californie. Joseph C. KANE, Woodlyn - New Jersey. Logan L. DUTTON, Uhrichsville - Ohio. Clarence M . RINCKER, Cheyenne - Wyoming. Harold W. LANZER, Malinta - Ohio. Melvin John HELMICH, Richmond - Indiana. Neil Gordon KACHUR, Chicago - Illinois. Ralph R. REEVES, Granite City - Illinois. William H. JOINER, Mayfield - Kentucky. Caldon R. NORMAN, Minneapolis - Minnesota. John W. DAY, Portland - Oregon. Robert SIMMONS, Clinton - Iowa. Walter S. KIRK, Bridgeport - Connecticut.


Ce 7 décembre 41 qui pouvait se douter que leur destin ferait étape au Pays de Bitche, à plus de 6 200 kilomètres de New-York, trois ans plus tard ?

Nés et élevés en temps de paix, enfants de la grande dépression, ils vont être plongés du jour au lendemain dans un cauchemar qui ne n’était pas le leur à l’origine.

Jusqu'à ce 7 décembre, la guerre n’était au programme d’aucun d’eux. Hormis William Clifton PICKLE qui s’est engagé dans l’armée dès 1940 dans l’attente de se battre contre l’Allemagne.
Quasiment tous sont à la High School (lycée). L’avenir est encore incertain, mais l’un se voit chimiste, l’autre physicien, d’autres vétérinaire, pharmacien, électronicien. Clarence déjà à l’université du Wyoming se prépare à devenir ingénieur agronome.
Mais l’histoire en décide autrement, et c’est l’heure du devoir qui est de rigueur.
Les citoyens deviennent des G.I.’s. G.I. étant l’abréviation de "Government Issue", c'est-à-dire "fourniture du gouvernement". Paradoxe, l’armée a le devoir de préserver le sang de ses citoyens, mais le citoyen devient un matricule anonyme dans l’Armée.

La 100ème Division d’Infanterie est activée le 15 novembre 1942 à Fort Jackson en Caroline du Sud. Surnommée la Century Division. C’est elle qui va intégrer nos témoins. C’est elle qui qui va enfanter les « Sons of Bitche ».

A partir de décembre les recrues affluent et suivent un entraînement de base jusqu’en mars 1943. Puis vient l’entraînement de spécialisation et les exercices tactiques jusqu’en octobre.
De novembre 1943 à janvier 1944 se déroulent les manœuvres éprouvantes d’hiver dans le Tennessee.
La division est par la suite basée à Fort Bragg en Caroline du Nord pour des entraînements complémentaires.

William PICKLE, déjà engagé depuis 1940, est transféré du 29ème régiment d’infanterie vers la 100ème le 23 octobre 1943 après 4 mois passés à l’hôpital.

A cette période, la guerre nécessite des renforts. : 3 000 hommes ont été transférés dans d’autres unités déjà au combat ou préparant l’invasion du continent européen. De nouvelles recrues sont alors nécessaires et intégrées. La Divison se reconstruit en recommençant à former ces nouveaux.

Ces renforts sont particuliers. On intègre des jeunes hommes issus de l’A.S.T.P. (Army Specialized Training Programm). Ce programme créé fin 1942 est destiné à former des officiers et surtout des spécialistes en langues, médecine ou encore dans les technologies.
Ces jeunes qui ont réussi l’examen et intégré le programme ont un très bon niveau intellectuel. Ils suivent dans les universités et dans la rigueur militaire, un programme soutenu alternant préparation militaire et formations techniques.
Sur 140 000 "soldats-étudiants" du programme, 110 000 sont envoyés dans l’infanterie. 3 000 au minimum le seront dans la Century.
Ceci participe grandement à la personnalité de la division, celle-ci comptant un nombre plus important qu’ailleurs de jeunes universitaires.
Nous sommes loin de repris de justice envoyés en première ligne comme a voulu le faire croire la propagande allemande afin de faire vivre les civils dans la crainte des "Ami’s"

Frank HANCOCK, Bill GLAZIER, William PRESTRIDGE, Dirk WARREN, Jack BROWN, William SCHULER, Ralph REEVES, Horace Foster MITCHEM, Ralph L. REEVES, Robert SIMMONS suivaient ce programme et rejoignent à ce moment la 100ème Division.
Pour Dirk WARREN qui ne se plait pas dans l’ASTP, ce changement d’affectation est une chance et une aventure.
H.O. SMITH était lui dans le corps de réserve de l’armée depuis décembre 1942. Il est appelé au service actif en novembre 1943. Il suit l’entraînement à Fort BENNING. Avec un ami il est volontaire pour les parachutistes mais il rejoindra finalement la 100ème Division à Fort BRAGG. Joseph KANE était dans les cadets de l’armée de l’air. Là aussi le besoin fait que 25 000 cadets sont appelés et intégrés dans l’infanterie. Joseph est affecté dans la 75ème Division en mars 1943, puis transféré à la 100eme Division en avril 1944. Clarence RINCKER qui s’est engagé en juin 1942 rejoint la division en mai 1944.

Beaucoup sont volontaires. Signe de la blessure qu’a ressenti leur nation.

La formation militaire est soutenue. Leur vie en dépend. Mais elle leur servira car déjà sonne l’heure du départ pour le front.

Le 6 octobre 1944, le George WASHINGTON, le Mc ANDREWS, le MOOREMAC MOON et le William H. GORDON appareillent du port de New-York avec la 100ème Division.
Le convoi comprend 7 autres transports de troupes avec à leur bord la 103ème Division d’Infanterie et la 14ème Division Blindée.

Le convoi se dirige vers l’Europe en passant devant la Statue de la Liberté avec un pincement au coeur.
Comme beaucoup de vétérans le confient, ce sont les derniers instants de naïveté propre à la jeunesse. Des jeunes hommes partent, des hommes rentreront. Pour ceux qui rentreront…
Pour l’instant c’est l’interrogation. Combien rentreront ? A quand le retour ?

"Pourquoi combattons nous ?" C’est le titre d’une série de films réalisés par le gouvernement américain et diffusés aux jeunes recrues
Beaucoup, dont H.O. SMITH, ont des origines allemandes. Pour eux la question pourrait se poser davantage que pour les autres. Mais au contraire la question ne se pose que si peu. Ils sont Américains et c’est le Nazisme qu’ils vont combattre. Comme tous les autres.
Pour tous il est clair qu’Hitler et le Nazisme sont le mal absolu. Leur nation a le devoir de délivrer les nations européennes de ce mal.

Le 20 octobre la division débarque à Marseille. Ils ont un job à faire, il s’agit maintenant de le faire et de rentrer au pays le plus vite possible. Ils sont confiants. Confiants dans leur entraînement. Confiants dans la force de leur armée. Ils vaincront, ils le savent.

Très rapidement, les régiments montent au front. Dès le 1er novembre la division vient renforcer le front dans le secteur de Baccarat/Raon l’Etape. La "bleusaille" vient relever les hommes de la 45ème Division. Cette Divison a déjà été engagée en Italie en juin 43 et vient de poursuivre les Allemands dans la vallée du Rhône depuis le 15 août 1944. Tout de suite, les traits tirés par la fatigue, les tenues salies par la vie de terrain des hommes de la 45eme sautent aux yeux des nouveaux arrivants.

Puis il y a la vision des premiers blessés. Le passage à proximité de l’antenne médicale avancée fait découvrir la réalité de la guerre. La mort aussi est désormais présente. Les cadavres allemands abandonnés qui portent sur leur boucle de ceinturon "Gott mit uns"…
Les hommes prennent position dans les "Foxholes" qui seront pour de longs jours leurs résidences principales. Ces Foxholes (trous de renard) sont leurs trous individuels, creusés à la pelle individuelle à chaque fois qu’ils prennent position.
Au fur et à mesure, l’entrée dans la guerre est de plus en plus brutale. Voici les premiers bombardements qui suivront jusqu’à la fin de la guerre. Ces pillonages d’artillerie durant lesquels le soldat est impuissant et ne peut compter que sur sa chance et sur la Providence pour éviter les éclats meurtriers.
Joe KANE subit avec son bataillon 9 journées de bombardements réguliers, jour et nuit. 9 journées d’enfer à être harcelé par les "Nebelwerfer" (équivalent allemand des orgues de Staline).

Mais tous n’ont pas de la chance. Et les premiers copains meurent… Comme le californien Lee WILKINS qui est du nombre. Presley ne l’oubliera jamais.

De plus, froid, brouillard et humidité sont présents et ne les quitteront que très peu jusqu’au mois de mars 45.

Un mois plus tard, les Allemands n’ont pas réussi à tenir leur "Winterlinie" dans les Vosges. Les hommes de la Century peuvent enfin avoir leur première douche mais pas totalement du repos. En effet, les quelques jours de repos sont mis à profit pour s’entraîner, entre autres à attaquer des positions fortifiées.

Le 3 décembre, la Division reprend son avance en ligne. Elle doit prendre le secteur de Bitche et ses positions fortifiées. Ce n’est sensé n’être qu’une étape dans leur avancée vers Berlin. Mais c’est en fait une histoire de près de 4 mois qui va lier à tout jamais le Pays de Bitche aux hommes de la Century Division.

Passés les premiers combats difficiles du Pays de Bitche, ce sont désormais de longues périodes d’attente alternées avec de courtes périodes de terreur qui arrivent.

Les journées, Jack BROWN, qui appartient à une section de reconnaissance et de renseignements, patrouille avec trois de ses camarades.
Pour la plupart, la journée comprend des gardes alternées de 4 heures. Attendre le repas qui vient de l’arrière. Et attendre de passer des Foxholes aux maisons à l’arrière : l’occasion tant attendue et trop rare d’avoir un toit sur la tête et un peu de chauffage.

L’arrière, c’est aussi l’occasion d’échanger ces satanées rations contre un peu de produits frais qui vont aider à réduire les diarrhées. Les hépatites A, conséquences de l’alimentation et des conditions de vie sont nombreuses.
La vie dans les tranchées, au froid, avec une mauvaise alimentation, provoque beaucoup de problèmes. Le "trench foot", pied des tranchées, qui fait des ravages en est un autre. Les officiers doivent suivre chaque soldat pour qu’il change bien ses chaussettes. Qu’il en enfile des sèches et masse bien ses pieds.


Le froid. Le brouillard. La pluie. La neige. Pas un seul vétéran qui ne soit marqué par ces conditions météo, aujourd’hui encore !. Dans ces conditions il n’est pas étonnant que les verres de schnaps soient vivement recherchés pour se réchauffer. Et aider à s’échapper de l’incertitude du lendemain qui caractérise la vie du soldat...
Le petit-déjeuner est quotidiennement composé de la ration K ou C et de ses sachets de café ou de « Lemonade » (boisson au citron) déshydratés, de biscuits et autres conserves. On comprend que le complément de produit frais et de pain noir pris aux allemands soit une bénédiction.

Le matin, les officiers et sous-officiers font leur rapport et prennent leurs ordres aux postes de commandement de compagnie.

Le repas de midi est acheminé des arrières par jeep. Bien souvent de la soupe, des haricots cuisinés avec du bacon et une orange ou une pomme en dessert.
Exception faite de la fête de Noël où l’on sert le plat typique de fête des Américains. La dinde servie avec les "sweet potatoes" et la sauce à la canneberge (cranberry sauce).

Le reste du temps, l’attente, le courrier et les conversations qui tournent bien souvent autour des filles. Puis nettoyer les armes, faire sécher les vêtements. Voilà comment passaient les journées calmes.

Mais il y a aussi les journées moins calmes. Celles durant lesquelles il y a des combats, notamment durant l’offensive Nordwind. Mais les mois de février et mars n’étaient pas paisibles non plus. Les pillonages d’artillerie, les mitraillages d’avions, les snipers. Tout cela était toujours présent.

Le 16 mars, Bitche ! L’offensive vers le Reich reprend. Le jour de la victoire et le retour au pays ont pris du retard, mais enfin on s’attaque au Reich ! Tout au bout du tunnel, on entrevoit à nouveau les rivages américains.
Mais le 16 mars ne signifie pas la fin de la guerre pour les G.I.’s, bien au contraire. Des moments difficiles sont encore à venir. La Division passe le Rhin à Mannheim. Puis la deuxième étape la plus difficile pour la Division, la prise de la ville de Heilbronn en avril.
La guerre touche à sa fin, on le sent bien. Les Allemands se rendent par milliers. Malgré cela à deux semaines de la fin, le 18 avril la compagnie M du 399ème RI tombe dans une embuscade. Elle perd en un jour plus d’hommes que durant toutes les semaines passées. Si près de la fin !
Et enfin le 8 mai, le V-E Day ! Le jour de la victoire en Europe.

Frank fête cela, et est "hors de combat", comme il le dit, toute la semaine qui suit. C’est le soulagement. La libération de l’esprit. La délivrance !

Mais il faut organiser la force d’occupation et penser au conflit contre le japon. Le commandement américain met en place un système de points pour prioriser les retours. Mais qu’il est difficile d’atteindre les 85 points requis. Heureusement le Japon capitulera et le retour au pays sera enfin acquis.

Bill GLAZIER rentre sur un navire hôpital en juillet 45. Après les bombardements atomiques sur le Japon, il abandonne son projet de devenir physicien nucléaire et se prépare à devenir ministre du culte de l’Eglise Episcopale.


William A. PRESTRIDGE est rentré le 12 mai 1945, et est devenu géologiste. H.O. SMITH retourne aux Etats-Unis en mars 1946 et reprend ses études. William WARREN est entré dans le monde des affaires et créera le WARREN GROUP établi aux Etats-Unis et dans 10 pays européens. Retiré des affaires, il est désormais Consul Honoraire du Luxembourg au Liechtenstein. Jack BROWN a été dentiste 53 années durant. William PICKLE lui, était mécanicien diesel pendant 51 années, le métier qu’il a appris à l’Armée. Presley SCHULER, après avoir travaillé pour la General Electric, s’est associé avec son frère dans une entreprise d’électricité et de plomberie.
Frank HANCOCK a profité du GI Bill pour retourner à ses études, puis travailla dans l’aéronautique. Il a participé au programme des fusées Apollo et au Lunar Rover.

Chaque jour depuis est, pour Frank, et bon nombre d’autres, ressenti comme une chance d’avoir de l’eau chaude, un lit chaud et une famille aimante.

Dès 1946, les Vétérans de la 100ème Division créent la Century Division Association qui se surnommera très vite « The Sons of Bitche ». Depuis, l’association tient une convention annuelle aux U.S.A. Ils ont toujours autant de plaisir à revenir à Bitche et dans sa région, et éprouvent, à chacun de leur passage, toujours la même émotion, partagée par la population du Pays de Bitche, qui leur témoigne sa gratitude.



En soixante années, des amitiés se sont créées. Harold W. LANZER de Holgate - Ohio, s’est même découvert une ascendance à Bitche : son huitième arrière grand-père, Gregory REEB, y est né aux alentours de 1610. En 1989, pour le Bicentenaire de la Révolution Française, il offre à la ville de Bitche un exemplaire original de l’horloge commémorative officielle du Bicentenaire de la Révolution Américaine.
Ralph L. REEVES qui réside à Longboat – Floride, marqué à vie par les froideurs du Pays de Bitche, a vécu ces soixante dernières années au soleil. Dans le Sud Californien, quatorze années à Hawaï et trente et une années en Floride du Sud. Il n’est jamais revenu à Bitche. Cette année il compte être présent pour les commémorations du soixantième anniversaire de la Libération de la Cité Fortifiée. En espérant qu’il ne fasse pas trop froid !


En 185 jours de combat, la division a perdu 916 morts en action, 180 disparus et 3 656 blessés.

De 1941 à fin 1946, pour le seul théâtre d’opération européen, les Etats-Unis ont eu 130 000 tués et disparus. 380 000 ont été blessés. 75 000 ont connus les camps de prisonniers.


Merci à tous les vétérans, cités dans cet article, qui ont accepté de répondre à un questionnaire destiné à mieux les connaître. Un merci particulier à Bill GLAZIER qui s’est fait le relais auprès des Vétérans de la Century Division. Merci à Madame Catherine Cain PICKLE pour nous avoir transmis les mémoires de son mari.
Une pensée particulière pour Frank GURLEY, Historien de la Century Division, disparu l’an passé.

Sources bibliographiques :
L’Amérique en armes de Vincent DESPORTES, Economica 2002
A la guerre de Paul FUSSEL, Seuil 1992.
An improbable machine gunner Frank E . HANCOCK 1997, édition à compte d’auteur.
V-Mail Letters of a World War Combat Medic de Keith WINSTON, Algonquin Books of Chapel Hill 1985.
‘Til then de Catherine Cain et William Clifton PICKLE
Dessins de Bill MAULDIN Photos fournies par les vétérans.




« Prends-le du bon côté », dit un autre soldat, « prends les jours comme ils viennent : l’un après l’autre. »

« Dites donc, le correspondant », crie un autre soldat, « il y a quelque chose que je ne comprends pas. Expliquez moi si vous voulez bien. Qu’est ce que vous faites là si vous n’êtes pas obligé d’y être ? Est-ce seulement pour l’argent ? »

« Bien sûr », dis-je. « Beaucoup d’argent. Des tas d‘argent ».

« Moi, je n’y comprends rien », dit-il sérieusement. « Je comprends qu’on le fasse quand on doit le faire. Mais le faire pour de l’argent, ça n’a pas de sens. Il n’y a pas assez d’argent au monde pour me payer d’un boulot pareil ».
Extrait d’un article d’Ernest HEMINGWAY paru dans le magazine Collier’s du 4 novembre 1944.





Le G.I. Bill

Le G.I. Bill of Right, la loi qui changea les Etats-Unis. Au moment de la bataille de Normandie, le Sénat et le Congrès Américain adoptent une loi réclamée par l’American Legion (anciens combattants) afin de favoriser le retour dans la vie civile de ses millions de soldats.
Cette loi est vitale pour la nation afin de ne pas retomber dans une situation de crise économique. Mais au-delà de ça, elle va fondamentalement changer la structure sociale du pays.
Le G.I. Bill offre les mêmes droits aux hommes et aux femmes ayant servi sous l’uniforme. Les mêmes droits aux blancs et aux noirs alors que la ségrégation raciale a encore cours dans le pays.
Chacun peut obtenir une allocation chômage d’un an. Des prêts garantis à 50% pouvant aller jusqu'à 20 000 dollars. Et surtout la prise en charge d’une partie des études à raison d’un jour de formation par jour de service. Un an sous les drapeaux donne ainsi droit à presque deux années d’études.
Les études se démocratisent, et y ont accès des personnes qui n’auraient même pas pensé y accéder avant guerre. Plus de 6 millions d’anciens G.I.’s suivent une formation professionnelle. 2 millions entrent à l’université, soit 49% des étudiants inscrits.
Moins d’un tiers des fonds destinés à l’assurance chômage seront utilisés.
Une nouvelle vie leur est offerte. Les Citizen Soldiers la croquent à pleine dent, donnant un coup de fouet supplémentaire à la vitalité de leur pays.








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MessagePosté le: 02/05/2007 20:59:52    Sujet du message: Publicité

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Century
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MessagePosté le: 02/05/2007 21:10:45    Sujet du message: Un portrait général : le G.I. de la Century Division... Répondre en citant




16 mars 1945. Après 3 mois, les Centurymens entrent enfin dans Bitche...

3 mois de siège... 3 mois de combat... 3 mois de froid... L'offensive Nordwind... 3 mois de plus loin de chez soi...



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MessagePosté le: 02/05/2007 22:14:14    Sujet du message: Un portrait général : le G.I. de la Century Division... Répondre en citant

Très beau travail Century. Franchement BRAVO c'était très intéressant et instructif.
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MessagePosté le: 03/05/2007 05:52:11    Sujet du message: Un portrait général : le G.I. de la Century Division... Répondre en citant

du même avis, super instructif good

bravo Wink

a+++++++


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L'Amiral
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MessagePosté le: 03/05/2007 06:21:30    Sujet du message: Un portrait général : le G.I. de la Century Division... Répondre en citant

Chapeau bas!
Très bon travail!
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MessagePosté le: 03/05/2007 10:02:54    Sujet du message: Un portrait général : le G.I. de la Century Division... Répondre en citant

merci beaucoup pour ce texte, du très beau travail et très intéressant en plus. good
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MessagePosté le: 03/12/2016 16:38:53    Sujet du message: Un portrait général : le G.I. de la Century Division...

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