Index du Forum




 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Il s'appelait le maquis de Guénégaud
Aller à la page: 1, 2  >
 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     Index du Forum -> L'Histoire de la Seconde guerre mondiale -> Histoire de la Seconde guerre mondiale
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Camille François
Chief Warrant Officer
Chief Warrant Officer

Hors ligne

Inscrit le: 14 Mai 2009
Messages: 496
Anniversaire: 14/04/1950
Localisation: Ile de Noirmoutier
Country: France

MessagePosté le: 11/06/2009 16:41:34    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

Après l'Appel du 18 Juin 1940, pour beaucoup, résister signifie Londres et de Gaulle. C'est ainsi que les premiers résistants sont les marins de l'île de Sein, très vite rejoints par d'autres "volontaires". Mais dès 1941, ceux que l'on nommera bientôt "l'Armée des Ombres", sont de plus en plus nombreux. En 1942, en place, ils sont prêts à agir, ils attendent leur heure.
C'est à cette époque aussi que les chefs de la Résistance entendent parler, pour la première fois, de maquis: il s'agit de quelques ouvriers, armés de fusils, qui ont gagné les hauteurs et se sont retranchés dans des fermes abandonnées. Cependant, il faut attendre 1943 et la loi du S.T.O. pour voir la formation des grands maquis nationaux, les jeunes réfractaires s'y mettant à l'abri.
A la mi-mai 1943, quelques résistants viennent demander au général Louis Audibert (retiré en sa propriété située en région Sud-Loire), de prendre la direction de l'Armée Secrète de la Loire-Inférieure (l'A.S.). Le général ( qui a 70 ans ) accepte. Mais contacté par le chef de l'A.S.Libération de Paris (le colonel Zarapoff), il se voit bientôt nommé Chef de l'Armée Secrète de la région Ouest. Son action va donc s'étendre sur cinq départements.
Le général se met aussitôt au travail. Tous les documents concernant la Résistance et l'organisation de l'A.S. sont en sécurité à Nantes dans la maison de Monsieur et Madame Van Pee. Le recrutement et l'organisation des cadres sont mises en place. Les mesures de discipline et de sûreté sont définies. Tout va très vite, et bientôt les hommes sont prêts à passer à l'action. Mais, le 16 septembre, cent soixante bombardiers groupés en trois escadrilles lâchent mille bombes sur la ville de Nantes.
La cité est en partie détruite. On relève 800 morts et 1.800 blessés. Une semaine plus tard, le 23, nouveau bombardement d'une violence ïnouie.Cette fois, on déplore 112 morts et 300 blessés. Ce qui reste de la ville est écrasée: plus d'eau, plus d'électricité. Les ruines des immeubles vont brûler pendant trois jours. Dès le 24, enfants de tous âges, mères de famille sans travail, vieillards et infirmes doivent obligatoirement quitter la ville.
La maison des Van Pee a été détruite de fond en comble. Avec elle disparaissent tous les documents concernant la Résistance. C'est la désorganisation de l'A.S. Tout est à reconstruire.
Le général Audibert va aussitôt s'y attaquer, et dès décembre, la réorganisation de l'Armée Secrète en Loire-Inférieure est pratiquement achevéee. Mais,et alors qu'il est à Paris, le général est averti que la Gestapo le recherche activement. Il trouve asile chez des amis et décide de ne pas retourner chez lui. Cependant le temps lui semble long et malgré l'immense danger, il décide de retourner à Nantes pour la Noël.
Malheureusement, dans la nuit du 20 au 21 janvier 1944, la Gestapo réussit à arrêter des résistants et des responsables de secteur.Certains, comme "Gavroche" parviennent à s'échapper,mais la plupart sont arrêtés et déportés. Le général file sur Vannes, puis trouve refuge sur l'île de la Jument. Pas pour longtemps, la Gestapo ( qui vient d'arrêter sa femme et sa fille Geneviève) est toujours sur ses pas. Il trouve alors refuge à Malestroit en Bretagne chez les Soeurs Augustines. Mais il y est arrêté le 17 mars. Interrogé, torturé, le général ne parle pas. Dirigé vers Compiègne, il est envoyé ensuite en déportation au camp de Büchenwald.
Une nouvelle fois, le Mouvement Armée Secrète Libération en Loire-Inférieure est complètement détruit.
( à suivre )


Le général Louis Audibert. Il sortira du camp de concentration de Büchenwald le 11 avril 1945.

Sa chère maison de l'Oiselinière. C'est là qu'il meurt le 19 septembre 1955 à l'âge de 81 ans.
A la porte de la propriété, on peut voir cette plaque apposée en mémoire de Madame Audibert morte au camp de concentration de Ravensbrück le 1er février 1945.

______________________________
PASSANT RECUEILLE-TOI.
ILS SONT MORTS POUR QUE TU VIVES LIBRE.


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: 11/06/2009 16:41:34    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Sgt Potier
Captain
Captain

Hors ligne

Inscrit le: 04 Sep 2008
Messages: 1 713
Anniversaire: 28/10/1966
Localisation: Liège Belgique
Country: Belgique

MessagePosté le: 11/06/2009 18:30:25    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

Je deviens accro ....
______________________________


Revenir en haut
L'Amiral
Administrateur
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 08 Nov 2005
Messages: 7 371
Anniversaire: 29/06/1976
Localisation: Arquennes - Belgique
Country: Belgique

MessagePosté le: 11/06/2009 18:44:23    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

Et moi donc!
______________________________
Mon site: http://usairborne.be
l'adresse mail: x_va@hotmail.com

"L'homme est souvent décevant,
mais parfois époustouflant."
Olivier de Kersauson


Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Camille François
Chief Warrant Officer
Chief Warrant Officer

Hors ligne

Inscrit le: 14 Mai 2009
Messages: 496
Anniversaire: 14/04/1950
Localisation: Ile de Noirmoutier
Country: France

MessagePosté le: 12/06/2009 10:57:05    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

Le docteur Jean Renoux s'apprête à passer bien tranquillement à table, lorsque l'on sonne à la porte de son cabinet situé rue de Coulmiers à Nantes. Marie, sa brave vieille bonne maugrée:
- " Zut! Pas moyen d'être tranquille à l'heure des repas! Attendez, je vais lui dire ce que je pense moi à l'importun!"
Le toubib sourit: chère Marie ... bougon mais si fidèle. Mais la voilà qui revient, toute tremblante:
- " C'est une dame ... Elle dit que c'est urgent!" 
Jean Renoux s'énerve:
-" Ah! non! je mange! Dites-lui de repasser demain!"
Mais elle le regarde droit dans les yeux:
-" Non! Tout de suite! C'est très très grave!"
-"Bon,j'y vais." 
Dans son cabinet de consultation, il retrouve madame Gonin qui se tord les doigts de désespoir:
-"Docteur ... Ils viennent d'emmener mon petit... Alors ... Sauvez-moi mon grand!"
Son petit, c'est Maurice,(pseudonyme "Groom" ) son grand c'est Victor (pseudonyme Gavroche). Elle lui apprend qu'au cours des arrestations qui viennent d'avoir lieu, Groom, pour sauver son frère, Gavroche, a prit sa place dans son lit. A présent, Gavroche est caché chez les Bourgeais, mais la Gestapo est partout, il faut le sortir de là. Le docteur se gratte la tête: hum ...ça ne va pas être facile, lui-même étant surveillé de près par l'ennemi, qui sait très bien que, depuis Dunkerque, il a aidé bon nombre de personnes à se cacher. Mais il promet de tenter le tout pour le tout. Pour cela, il sort de son garage une vieille mobylette qu'il s'est bricolé lui-même et une rmorque qu'il attache derrière...
Au cours des jours suivants, dans le quartier, on s'étonne de la nouvelle lubie du médecin:
-" Mais enfin, qu'est-ce qui vous prend ? D'habitude vous laissez votre engin dehors!
- D'habitude oui! Mais à présent on en vole tous les jours!
- Ce n'est pas une raison!"
Il faut bien reconnaître que voir son docteur rentrer dans un couloir, ou une cuisine, avec sa mobylette et une remorque attachée derrière, à de quoi dérouter le plus fidèle de ses malades!
Un soir enfin, dans le couloir de la petite maison des Bourgeais, Gavroche s'installe dans la remorque, sous la bâche que ferme le docteur ... De Nantes, il faut rejoindre Aigrefeuille (30 bons kilomètres). Alors, à Dieu vat!
Et ça va bien, même très bien, mais ...jusqu'au pont de Pirmil seulement. Là, barrage, arrêt. Les Allemands sont là:
-"Halt! Papieren!"
Avec un calme extraordinaire, Jean Renoux sort son ausweiss de médecin:
-"Je vais à l'hôpital ... pour une urgence.
- Ja! Ja! Mais vous beaucoup lumière! Beaucoup trop lumière! Vous pas avoir mis mesure autorisée sur phare!
- Mais si voyons! Le rectangle lumineux est réglementaire! Z'avez qu'à le mesurer!"
Zélé et discipliné, l'Allemand sort un mètre de sa poche et commence à mesurer le rectanglre du phare devant les autres schleus qui se sont approchés.
Mesure ...
-"Et si mon passager éternue? Et si il croit tout-à-coup que je me suis arrêté pour un besoin naturel et qu'il désire en faire autant? "
Re-mesure.
-" Et si un frisé soulève la bâche? ... Je suis cuit!"
Re-re-mesure.
- "Gut! Vous bien en règle! Partir pour l'hôpital vite!"
Pas une seule seconde l'ennemi ne s'est approché de la remorque. Il ne reste plus au brave docteur Renoux dqu'à reprendre sa route. Dès le lendemain, Gavroche est caché à Saint-Lumine-de-Clisson chez Monsieur Bouchaud qui vient de l'embaucher comme garçon de ferme.
( à suivre )


Maurice Gonin, alias "Groom" était né le 6 juillet 1920. Dessinateur d'exécution aux Chantiers de la Loire, il entre très vite dans la Résistance et devient agent de liaison. Arrêté à la place de son frère, il est déporté au camp de concentration de Mauthausen, d'où il ne reviendra pas.
______________________________
PASSANT RECUEILLE-TOI.
ILS SONT MORTS POUR QUE TU VIVES LIBRE.


Revenir en haut
Sgt Potier
Captain
Captain

Hors ligne

Inscrit le: 04 Sep 2008
Messages: 1 713
Anniversaire: 28/10/1966
Localisation: Liège Belgique
Country: Belgique

MessagePosté le: 12/06/2009 11:09:59    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

Il est vrai que nous nous focalisons sur les militaires duarnt les guerres, et grace c'est petites actions et actes d'héroisme ne tombent pas dans l'oublis, encore un tout grand merci good
______________________________


Revenir en haut
Camille François
Chief Warrant Officer
Chief Warrant Officer

Hors ligne

Inscrit le: 14 Mai 2009
Messages: 496
Anniversaire: 14/04/1950
Localisation: Ile de Noirmoutier
Country: France

MessagePosté le: 13/06/2009 11:26:15    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

Aux Chantiers de la Loire, Thomas Maisonneuve (alias Myosotis) s'inquiète. Voilà déjà plusieurs jours que son ami Groom n'est pas revenu à son travail. Il comprend qu'il est arrivé quelque chose, mais comment savoir? Myosotis décide alors de se mettre en congé maladie. La situation est expliquée au docteur de Saint-Philbert-de-Grandlieu qui, sans hésiter, établit une ordonnance et un certificat de grand malade qu'il remet à Yvonne (madame Maisonneuve) sans avoir vu seulement une fois le "malade" en question!
Et les jours et les semaines passent. Rien.Toujours rien. N'y tenant plus, Myosotis décide de se rendre chez les parents de Groom qui tiennent une petite épicerie à la sortie de Nantes. Afin d'éviter une rafle toujours possible du S.T.O., notre ami installe les enfants sur les porte-bagages des vélos et part avec son épouse. Il est convenu qu'Yvonne rentrera la première dans l'épicerie avec les enfants, afin de mettre en confiance les parents de Groom. La traversée de Nantes se passe sans encombre, et tandis que Myosotis reste caché dans une rue adjacente, Yvonne part devant avec ses petits en éclaireur...
Une confiance réciproque s'installe aussitôt, et bientôt, monsieur Gonin père (alias Le Padre) raconte à Myosotis les circonstances de l'arrestation de Groom et la fuite de Gavroche. Myosotis lui fait part alors de son intention de retrouver Gavroche pour rétablir les liaisons rompues. Le Padre lui explique que son fils est caché dans une ferme. Mais voilà qu'un point s'élève aussitôt: Gavroche et Myosotis ne se sont jamais rencontrés,aussi sans aucun moyen de reconnaissance, aucun contact n'est possible . Comment faire? C'est alors que madame Gonin mère a l'idée de lui remettre une cravate qu'il portera et qui sera parfaitement reconnue par Gavroche. Myosotis accepte aussitôt .
Et c'est ainsi que le lendemain, la cravate nouée autour du cou, Myosotis se présente à la ferme Bouchaud. Le fermier,une fourche à la main, l'interpelle d'un ton bourru:
-" Qu'est-ce que vous voulez?
- Je cherche Victor Gonin.
- Y'a pas de Victor Gonin ici. Allez-vous-en!"
C'est alors qu'un garçon de ferme, occupé sur un tas de fumier remarque la cravate portée par Myosotis. Ce détail vestimentaire ne peut pas le tromper,le visiteur vient de la part de ses parents. Rassuré, il s'approche et décline son identité. C'est bien lui Victor Gonin, alias Gavroche.  Les deux hommes se serrent la main et se mettent aussitôt au travail. Ils font le point sur les effectifs regroupés, le matériel mis à leur disposition, les prochains parachutages d'armes , et surtout sur la marche à suivre afin de mettre à l'abri les hommes les plus jeunes ou les plus menacés de l'Armée Secrète nantaise. Les jours suivants, il ne reste plus à Gavroche et à son chef, le commandant Maurice, qu'à rétablir les liaisons,et à alerter les groupes prêts à accomplir les missions prévues. Mais ... hélàs ... une nouvelle fois, un évènement va faire s'écrouler tous les plans...
Le 10 mai, le commandant Maurice se rend à Rennes.Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'une souricière a été tendue à l'adresse de son contact. Se voyant pris, le commandant dégaine son arme et tente de se dégager. Mais la Milice et la Gestapo ont appelé des renforts. Arrêté, le commandant est torturé, puis envoyé au camp de concentration de Dachau (d'où il ne sortira que le 3 août 1945.)
Ce nouveau coup du sort oblige Gavroche et Myosotis à prendre une décision. A la fin mai, ils se réunissent avec Perthuis, Moutiers et Santerre. Ils constatent que le nombre de leurs camarades traqués par la Gestapo, ainsi que celui des réfractaires au S.T.O. devient de plus en plus important, ce qui les amène à admettre la création d'un maquis à la mission
triple:
-Tout d'abord constituer un noyau dur,décidé, prêt à exécuter les missions qui seront données à partir du Jour J,tout proche, notamment celles de réception des parachutages et de guidage des Armées Alliées.
-Ensuite, recueillir les camarades traqués par la Gestapo, ainsi que certains réfractaires au S.T.O.
-Enfin servir de P.C. aux différents groupes de la région, ceux-ci devant laisser deux agents de liaison vivant en permanence au maquis. 
Il ne reste plus qu'à trouver un terrain propice. Gavroche, Myosotis (rebaptisé Myo) et Perthuis fixent alors leur choix sur le bois des Huguetières, au lieu-dit Chantemerle, à côté de la maison qu'occupe Myo et sa famille. Cette maison servira de P.C.
Le mardi 6 juin, une nouvelle formidable arrive:
- "It's D.Day today! "
Pour nos responsables, c'est le signal: aujourd'hui, ils vont passer à l'action.
Et c'est ainsi que naquit le maquis dit "de Guénégaud," homologué par la suite sous l'appellation de "Maquis Sud-Loire" officiellement reconnu Unité Combattante et figurant au Bulletin Officiel des Armées.
( à suivre )


Un garçon de ferme, occupé à travailler sur un tas de fumier, remarque la cravate portée par Myosotis
______________________________
PASSANT RECUEILLE-TOI.
ILS SONT MORTS POUR QUE TU VIVES LIBRE.


Revenir en haut
Camille François
Chief Warrant Officer
Chief Warrant Officer

Hors ligne

Inscrit le: 14 Mai 2009
Messages: 496
Anniversaire: 14/04/1950
Localisation: Ile de Noirmoutier
Country: France

MessagePosté le: 15/06/2009 16:35:08    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

La petite maison de Myo va servir de premier P.C. C'est là que Perthuis, devenu estafette de l'organisation vient chercher les ordres de Gavroche. C'est là également que se réunissent les chefs de groupe, ce qui donne parfois des situations inattendues: un beau jour Yvonne voit arriver quatre gaillards qui lui sont totalement inconnus, mais qui, sans sourciller lui demandent monsieur Maisonneuve. Imperturbable, la jeune femme précise qu'il n'est pas là, et parvient à les éconduire. Mais un moment plus tard, alors qu'elle vient d'apercevoir Myo rentrer dans le jardin avec sa bicyclette, elle entend deux coups de feu. Glacée, elle est persuadée que son mari vient d'être abattu. Mais en le voyant bientôt rentrer dans la maison, elle lui crie:
- "Tu viens de tuer deux hommes!"
Il ne reste plus à Myo qu'à lui expliquer que les coups de feu n'étaient que des essais d'armes et que les deux compères, qui se portent à merveille, viennent de partir par des chemins différents!
Dès le 6 juin au soir, il faut mettre tout sur pieds, ce qui n'est pas une mince affaire. Myo et Santerre s'emploient à réunir tout le matériel nécessaire pour l'organisation d'un campement. On voit alors Moutiers rapporter pêle-mêle, et en plusieurs voyages: serpes, pioches, fourches, pelles chaudron, lessiveuses, baquets et quelques ustensiles de cuisine. Il rapportera même un sac à main ! L'argent faisant cruellement défaut, quelques amis, sûrs, réunissent les premiers fonds.
Du 7 au 23 juin, les hommes qui veulent se battre et lutter, mais aussi échapper au S.T.O. se présentent au maquis. C'est Courapied qui réceptionne chaque nouvel arrivant, qui doit arborer une pochette rouge, dans la poche supérieure de sa veste, et donner le mot de passe: guitoune. Ce sont bientôt trente-cinq hommes qui se regroupent, encadrés par Gavroche qui prend la direction militaire, et par Myo qui se charge de l'administration et du ravitaillement. A l'intérieur du camp, chacun porte un brassard tricolore et un bouton sur le revers de son veston: bleu pour les gradés et blanc et rouge pour les autres.
Le ravitaillement est vite assuré par les quelques fermiers des environs, tous prêts à aider ces jeunes si plein d'enthousiasme.
La plus grosse difficulté du maquis sera, jusqu'au bout, son peu d'armement. Dès son arrivée, Hubert fait sensation: il apporte avec lui le Mauser 14-18 avec munitions, que son défunt père avait rapporté de sa guerre ! Seulement voilà: il y a un quart de siècle qu'il n'a pas servi, il faut le dérouiller. Myo s'en charge:
-" Enfantin vous allez voir ... J'attache le flingue au tronc d'un chêne, je mets une ficelle à la gâchette, une balle dans le canon et ...
- Et tu te fais sauter la gueule!
- Mais non ducon! Attention! Feu!"
Le coup part.
- " Alors?
- Alors? Mais il est de première ce fusil!"
Heureusement, leur ami Gueulard, qui a récupéré des armes provenant de la débâcle de 1940, va pouvoir les "dépanner". C'est ainsi que lebels, mousquetons, MAS 36 , fusils-mitrailleurs et même une mitrailleuse Hotchkiss font leur entrée au maquis.
Les maquisards sont à peine installés que le groupe Pernet leur envoi un inconnu élégant et décontracté: Jimmy. Pilote de bombardier Lancaster, Jimmy a dû sauter en parachute lorsque son avion a été touché et abattu par la D.C.A. dans la banlieue sud nantaise. Bien entendu, il ne parle pas un mot de français. Heureusement, Gavroche et Santerre qui ont quelques notions d'anglais peuvent entamer une conversation. Dès le premier soir, Jimmy constate, avec stupéfaction, que ces "hommes des bois" ont un poste de T.S.F. complet, poste récepteur blindé allemand. Installé avec une dynamo de voiture montée sur le porte-bagages d'un vélo, lui-même installé sur des béquilles, il permet d'écouter chaque soir Radio-Londres et les parasites. Seulement, il faut pédaler tout le temps du bulletin, ce qui est épuisant. C'est donc à tour de rôle que les gars s'y mettent. Jimmy est prié d'en faire autant:
- "Mon pote ... Pas de pédalage, pas de Radio-Londres!"
La première mission a lieu le 14 juin. Une récupération d'armes étant annoncée, à la tombée de la nuit, Myo, Dupuis, Etienne et Perthuis quittent Guénégaud à bicyclette en direction de La Montagne. Outre quelques grenades allemandes à manche, ils doivent rapporter une mitraillette, un colt américain 11.43 et un lebel que Louarat a récupéré en douce. Chaque arme est cachée dans un sac en serpillère, par-dessus lequel trône un superbe arbuste dont le feuillage, d'un vert émeraude parfait, sort du sac et retombe gracieusement.
- " Si on nous pose des questions les gars, on dit que c'est des arbres pour planter! "
Mais pas de problème, tout va bien. Sur le chemin du retour, ils s'octroient une petite halte pour se désaltérer, et voilà que tout à coup, ils voient un camion garé là, sur le bord de la route! Perthuis murmure:
- " Bon Dieu les gars ! C'est exactement ce qui nous faut pour le maquis!"
Personne en vue. Il s'installe derrière le volant.
- "Merde ! Il est à gazogène !
- Et alors ?
- Bé c'est que le gazogène, c'est pas mon fort !
- On s'en fout ! Allons-y ! "
Dupuis monte dans la cabine à côté de Perthuis. Myo, qui garde à portée de main un P.M. anglais et un P.A. américain, monte à l'arrière avec Etienne et les vélos. Pour éviter les patrouilles allemandes, Dupuis propose un petit chemin qui évite toute agglomération. Il fait un noir d'encre. Le camion saute, cahote, mais l'endroit est désert à souhait. Après un kilomètre, Dupuis respire:
- " C'est Gavroche qui va être content en nous voyant arriver avec un ...
- Merde ! Une patrouille boche!
- Je fonce! "
Perthuis écrase l'accélérateur et bouscule un Allemand. Hélàs! Le camion s'arrête pile. En panne! Un autre Allemand s'approche de l'arrière du véhicule, son arme pointée sur Myo et Etienne. Myo comprend qu'il n'a pas le choix: il l'abat avec le P.A. américain. Et voilà que par miracle, le camion redémarre ... Dupuis hurle:
- " A droite! Vite! Vite!"
(à suivre)
______________________________
PASSANT RECUEILLE-TOI.
ILS SONT MORTS POUR QUE TU VIVES LIBRE.


Revenir en haut
Camille François
Chief Warrant Officer
Chief Warrant Officer

Hors ligne

Inscrit le: 14 Mai 2009
Messages: 496
Anniversaire: 14/04/1950
Localisation: Ile de Noirmoutier
Country: France

MessagePosté le: 16/06/2009 16:28:47    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

Hélàs, trompé par la nuit, Dupuis ne voit pas qu'ils sont sur la route menant tout droit au camp d'aviation de Nantes Château-Bougon. De son côté Perthuis, qui lui vient de comprendre, essaie de faire demi-tour. Mais la route est humide et l'herbe des bas-côtés grasse. En reculant vivement, le camion se retrouve les roues arrière dans le fossé, le nez pointé vers le ciel. Les quatre hommes sont déjà à terre, et commencent à courir avec armement sur l'épaule et vélos sur le dos.
-"Planquons-nous dans ce champ!"
La parcelle est entourée de barbelés, mais qu'importe. Perthuis saute le premier suivi de ses trois compagnons. Ils marchent sur la pointe des pieds, puis s'allongent et rampent...
D'un champ, ils en traversent un autre, puis encore un autre et se retrouvent complètement perdus dans le blé blond et odorant. Mais bon-sang! quelle direction prendre? Il faut absolument tourner le dos au camp d'aviation.
Au moment ou ils vont sortir à découvert, une patrouille passe sur la route et éclaire le champ de blé ... Chacun retient sa respiration, et les minutes qui s'écoulent sont longues comme des siècles. Enfin, la patrouille s'éloigne et disparaît. Nos amis peuvent alors respirer un peu et, coûte que coûte, tenter de rejoindre le maquis. Myo retrouve le moral:
-" Allons-y les gars, nous y sommes presque!"
Mais au moment de sortir du champ, il étouffe un juron en découvrant,en bordure,une pancarte qu'illustre une tête de mort et sur laquelle se lit l'inscription "Achtung! Minen!". Et voilà qu'au même moment, projecteurs et D.C.A. illuminent et zèbrent le ciel: une alerte sur Nantes!
-"Alarm! Alarm!"
C'est le moment de se repèrer et de prendre la bonne direction.
Myo prend la tête et marche résolument le long d'un caniveau noir et malodorant se devinant dans les ténèbres. Dupuis qui le suit ronchonne tout bas:
-" Merde alors! Pourquoi a-t-il fallu que je me trompe de route comme un enfant de choeur et fourre tout le monde dans le pétrin! Bien heureux encore si l'on s'en tire ..."
Plouf! Sa pensée est coupée net par Myo qui vient de tomber dans une fosse à purin! Dupuis le rattrappe par la veste en jurant:
-" Myo! Bon Dieu! Fais attention! Les Boches vont nous avoir, et rien qu'à l'odeur, c'est sûr!"
Ils reprennent leur marche en avant, mais constatent bientôt que le sol devient humide. Et voilà que rapidement, un flic-floc caractéristique se fait entendre:
- "Je crois que nous sommes arrivés dans le lac de Grand-Lieu les gars!
- Je n'en sais rien, mais j'ai de l'eau jusqu'aux chevilles!"
Des chevilles, l'eau glauque et noire monte rapidement jusqu'aux genoux... puis au ventre.
Pas de doute, ils sont entrés dans le lac!
Et voilà qu'un nouvel ennemi fait son apparition: le froid. Vers les quatre heures du matin, glacés, trempés jusqu'aux os, ils tremblent et claquent des dents. Non sans mal, ils parviennent malgré tout à regagner la berge et passent le reste de la nuit à se frictionner et à se bourrer mutuellement de coups de poing, pour essayer de retrouver un peu de chaleur.
Six heures. Le jour commence enfin! à poindre et Etienne, qui s'est caché dans les roseaux, aperçoit une barque. Sans hésiter, Myo, Perthuis et Dupuis montent dedans, tandis que de l'eau jusqu'aux cuisses, il les pousse vers le large. Ce n'est qu'au moment ou il se hisse à son tour dans l'embarcation que les quatre hommes s'aperçoivent qu'elle prend l'eau!
Que d'émotions! Tout ça pour emprunter un camion!
Myo se redresse:
-" Je prends la gaffe. On n'embarque pas trop d'eau, ça devrait aller."
Après quelques tatonnements incertains, le petit bateau se décide enfin à glisser sur le lac, tandis qu'une brume froide et épaisse se lève. Heureusement, car un avion aurait pu se mettre à leur recherche, et au beau milieu du lac, ils étaient cuits! Avec tout ça, les bicyclettes et les armes ont été perdues dans le champ miné.
-"Je me demande ce que Gavroche et les autres doivent penser au maquis. Ils nous croient sûrement morts!"
Gavroche? Depuis la veille au soir, il tourne en rond comme un lion en cage. Si les hommes ne reviennent pas, c'est qu'ils ont été arrêtés. Dans ce cas, l'ordre est formel: il faut lever le camp. N'y teant plus, il va retrouver Yvonne:
-" Toujours pas de nouvelles de Myo?
- Dites donc, c'est vous le chef! Donc c'est vous qui devriez le savoir!"
Ah! l'attente ...
Pendant ce temps, nos quatre maquisards arrivent en vue du port de Passay. Ouf! ce n'est pas si loin du maquis. Hirsutes, pas rasés, couverts de loques et de boue, ils coupent à travers champs et rejoignent discrètement le P.C. pour une toilette qui s'impose, et retrouver un Gavroche bien content de retrouver son petit groupe sain et sauf, mais qui fronce tout de même les sourcils en apprenant que vélos et armes ont été perdus.

( à suivre ) 
______________________________
PASSANT RECUEILLE-TOI.
ILS SONT MORTS POUR QUE TU VIVES LIBRE.


Revenir en haut
Camille François
Chief Warrant Officer
Chief Warrant Officer

Hors ligne

Inscrit le: 14 Mai 2009
Messages: 496
Anniversaire: 14/04/1950
Localisation: Ile de Noirmoutier
Country: France

MessagePosté le: 22/06/2009 15:43:07    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

 Le 24 Juin, un résistant prévient par message les responsables du maquis, qu'un convoi de ravitaillement "cochons" destiné aux Allemands,va passer sur la route. Pour Gavroche et Myo, pas d'hésitation: avec un groupe de volontaires, ils vont intercepter le camion. Le dispositif est simple: au beau milieu de la route, à gauche, il y a un petit bois traversé par un sentier.De là, il est facile de surveiller ladite route, et de faire entrer la voiture du maquis en marche arrière dans le petit sentier en question. Gavroche surveillera avec ses jumelles,et dès qu'il aura en vue le camion convoité,Myo fera signe à leur véhicule d'avancer, manoeuvre qui bloquera le camion. A ce moment là, Perthuis et Etienne, cachés dans le fossé sortiront à découvert et viendront l'encadrer. Parfait. Le dispositif est mis en place, il n'y a plus qu'à attendre.
Pas pour très longtemps. Gavroche prévient qu'un camion s'annonce, et Myo, comme convenu, fait manoeuvrer la voiture. Force est donc au chauffeur du gazogène de s'arrêter, perplexe, pour voir deux hommes armés sortir du fossé. C'est alors que nos deux chefs de maquis s'aperçoivent que ce n'est pas celui qu'ils attendaient!
Sans sourciller, Myo fait de nouveau reculer leur voiture dans le sentier, tandis que Gavroche, d'un geste de gardien de la paix consciencieux, intime l'ordre au chauffeur de circuler, ce que le malheureux, pâle comme un mort, s'empresse de faire au plus vite!
Nullement découragés, nos maquisards reprennent leur poste et l'attente commence, puis continue ... et enfin se prolonge pendant des heures. Rien, toujours rien.  Personne ne viendra à présent, mieux vaut s'en retourner au maquis.
Le soir, le résistant qui leur avait donné le tuyau se présente: il s'excuse, mais le convoi est tout simplement passé par une autre route. A présent, il sait où sont les cochons, parés et tout prêts à être livrés aux Allemands. Au coeur de la nuit, alors qu'éclate un violent orage, les quatre maquisards, guidés par le résistant font route vers le garage ou est entreposée la viande. Très vite, ils embarquent les quartiers de porc, remplissant leur véhicule au maximum, et qui va repartir si chargé que le pont arrière touche quasiment le sol!
 Ils arrivent chez Yvonne vers les quatre heures du matin et cette dernière, effarée, voit Myo faire se lever les enfants, retirer couvertures et matelas de leurs lits, mettre les quartiers de cochon sur les sommiers , remettre matelas et couvertures, et recoucher les petits par-dessus!
Trois heures plus tard, pour éviter que la viande ne se gâte,Yvonne, Moutiers et les fermiers du voisinnage se mettent au travail: confection de rillettes et  salaison de morceaux de lard.
Commence alors pour le maquis le menu rillettes: rillettes le matin, rillettes le midi, rillettes le soir. Appréciées les premiers jours,les hommes s'en lassent bien vite. Santerre allant jusqu'à déclarer: - "Je suis sûr que je n'en mangerai plus jamais après la guerre!" (1).
25 Juin. Hubert qui arrive chercher du ravitaillement à la ferme du père Guibert, trouve ce dernier soucieux. Il est là, les poings sur les hanches, avec son oeil des mauvais jours. Sans préambule, il annonce au jeune homme que le "Canadien" est encore revenu.
Décidément, ça devient inquiètant. Il ne se passe pratiquement pas de jour sans qu'un inconnu, toujours le même, ne vienne répéter au père Guibert qu'il est Canadien et qu'il cherche maquis et maquisards pour se joindre à eux. Prévenus dès le premier jour, Gavroche et Myo restent méfiants. Les deux chefs sentent comme un étau qui se resserre inexorablement sur eux. Guénégaud devient dangereux, il faut l'évacuer.
Ils ont déjà arrêté le lieu du repli: ce sera à Montbert, à la ferme des Brandes, chez la brave madame Pogu dont le mari est prisonnier en Allemagne. Engagée dans la Résistance depuis 1943, cette femme admirable cache et héberge résistants et réfractaires au S.T.O. dans sa ferme, perdue au coeur d'un bois en pleine campagne. C'est donc sans aucune hésitation qu'elle accepte de tout son coeur l'arrivée des maquisards.
Or, ce 25 Juin, tandis que Hubert discute avec le père Guibert, au camp de Guénégaud un fait va précipiter les évènements. Ce jour-là, Santerre et Yvon sont de garde à l'entrée du camp. Dissimulés à l'intérieur d'un buisson creux formant comme une guérite, ils peuvent épier sans être vus. Pour le moment, tout est calme, ils n'entendent que les oiseaux chantant dans les branches. Mais voilà que bientôt un homme s'approche et pose sa bicyclette sous leurs yeux, sans se douter un seul instant de leur présence! Aussitôt en alerte, nos deux gars ne le perdent pas de vue.
Qui diable est donc cet inconnu? Il cherche quelqu'un ou quelque chose, c'est sûr. Ah! le voilà qui s'enfonce dans les bois, mais par un sentier qui ne risque pas de l'amener au camp! C'est de plus en plus suspect!
Santerre court alerter les chefs. Les recherches, ordonnées aussitôt, restent vaines. L'inconnu est introuvable, son vélo toujours abandonné à la même place.
Pour Gavroche et Myo, le temps presse, d'autant plus que Hubert arrive à son tour et leur raconte ce que vient de lui dire le père Guibert. Gavroche déclare: -" Ce Canadien est un milicien. Il faut partir! vite!"
L'ordre est donné d'évacuer Guénégaud dans le plus grand silence, tandis que Santerre et Yvon restent et patrouillent toute la nuit dans la forêt avec pour mission d'arrêter, voire d'abattre, l'inconnu en question. Au petit jour, les deux amis gagnent la ferme des Brandes sans avoir trouvé personne, mais après avoir constaté que le vélo était toujours à la même place.
Et la lutte contre l'occupant se poursuit. Soucieux de mener à bien les missions qui lui sont confiées, Gavroche continue, par une guérilla intense, à jeter le trouble chez l'ennemi. Voici justement qu'un nouveau coup se prépare, monté d'après les renseignements fournis par Robinson.

(1) Santerre a tenu parole. Jusqu'à sa mort,en 1988, il n'a plus jamais mangé de rillettes. 

(à suivre)


Le drapeau du maquis brodé par Yvonne.

"Ces va-nu-pieds superbes" L'insigne du maquis. Le premier exemplaire avait été gravé par Méritant sur une rondelle en fer-blanc qui a servi de modèle pour celui-ci, réalisé pour le 40ème anniversaire (6 juin 1984).
______________________________
PASSANT RECUEILLE-TOI.
ILS SONT MORTS POUR QUE TU VIVES LIBRE.


Revenir en haut
American Airborne
Administrateur
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 09 Nov 2005
Messages: 6 262
Anniversaire: 29/03/1976
Localisation: Belgium
Country: Belgique

MessagePosté le: 22/06/2009 17:27:34    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

Maintenant je vois l'origine de ton avatar Wink
______________________________


Revenir en haut
Camille François
Chief Warrant Officer
Chief Warrant Officer

Hors ligne

Inscrit le: 14 Mai 2009
Messages: 496
Anniversaire: 14/04/1950
Localisation: Ile de Noirmoutier
Country: France

MessagePosté le: 23/06/2009 16:56:57    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

J'ai eu l'honneur d'être décorée, en tant que membre d'honneur le 6 juin 1984, pour la parution du bouquin retraçant leur histoire.
______________________________
PASSANT RECUEILLE-TOI.
ILS SONT MORTS POUR QUE TU VIVES LIBRE.


Revenir en haut
Camille François
Chief Warrant Officer
Chief Warrant Officer

Hors ligne

Inscrit le: 14 Mai 2009
Messages: 496
Anniversaire: 14/04/1950
Localisation: Ile de Noirmoutier
Country: France

MessagePosté le: 23/06/2009 18:00:00    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

A douze kilomètres du terrain d'aviation de Nantes Château-Bougon, se trouvent les moulins de Briord et de Chappe, installés là depuis des decennies, dans le mileu d'immenses champs couverts de blés en été.
Dès 1942, pour essayer de tromper les aviateurs alliés, les Allemands décident d'y créer de toutes pièces un faux terrain d'aviation. Des hangards sont montés, des fausses pistes balisées sont aménagées, et des feux sont installés sur des poteaux à mi-hauteur d'homme. Des trous énormes parsèment la terre, et quelques fausses bombes en bois, donnant l'illusion de vraies non explosées, parent le tout. Il y a même des silhouettes d'avions près des hangars ! Enfin, pour couronner le tout, depuis le Débarquement, les Allemands obligent les habitants des environs à consacrer deux heures de jour,et deux heures de nuit, pour garder le satané terrain. C'en est trop. Le commis de ferme du père Dauvé réussit à faire passer le message au maquis: il faut "liquider" ce faux terrain d'aviation.
Le 26 juin, Myo, Mercure, Méritant et le jeune commis, qui vient d'entrer au maquis sous le pseudonyme de Bardaboum, sont désignés par Gavroche pour une reconnaissance au faux-camp. Myo,qui n'a pas de permis de conduire, s'installe au volant de la 301 de Perthuis. Tout se passe bien jusqu'à la départementale de Saint-Philbert. Là, Myo accélère, aborde sans sourciller un virage en L qui, très vite, se révèle être en U. Dans une splendide embardée, voiture, passagers et armement se retrouvent sur le dos, à la grande frayeur des fermiers des alentours qui, sur l'instant, les croient mort ! Heureusement, étourdis mais entiers, nos maquisards reprennent pied rapidement. Il ne leur reste plus qu'à rentrer au maquis, où force est de raconter l'histoire. Perthuis fait une sale tête et Gavroche pique une colère mémorable:
- "Vous allez y retourner! Et puisque vous n'avez pas été capables d'y aller en voiture, allez-y à vélo!"
Seulement du maquis au faux camp d'aviation, il n'y a pas moins de quarante kilomètres. Myo, coupable, prend sa bicyclette et demande des volontaires pour l'accompagner. Mercure lui réplique sèchement qu'il est au maquis pour combattre l'ennemi, et non pour se faire tuer sur la route en voiture ! Heureusement, Bardaboum et deux autres maquisards s'avancent. En route !
Mais bientôt, ils doivent se rendre à l'évidence : qu'il est loin ce moulin de Chappe ! Lorsqu'enfin ils y parviennent, il fait déjà presque nuit. Ils ne peuvent que reconnaître les lieux, car aucune attaque n'est possible. Par contre, la fatigue se faisant durement sentir, Bardaboum propose une halte dans la grange de son ancien patron, le père Dauvé. Et c'est endormis, dans le ratelier de ses vaches que le brave homme les retrouvent le lendemain matin. Réveillés, nos hommes s'empressent de reprendre leurs bicyclettes, jugeant plus prudent de regagner le maquis au plus tôt.
Mais la mission est ratée. Gavroche, l'oeil sombre, décide de monter un autre coup de main sur ce satané faux-camp d'aviation.
( à suivre )


Quelques maquisards. De gauche à droite: Nimbus, Bouvier, Dupuis, Etienne, Robinson, Requin, Méritant, Mercure, René, Héric.
 
______________________________
PASSANT RECUEILLE-TOI.
ILS SONT MORTS POUR QUE TU VIVES LIBRE.


Revenir en haut
Camille François
Chief Warrant Officer
Chief Warrant Officer

Hors ligne

Inscrit le: 14 Mai 2009
Messages: 496
Anniversaire: 14/04/1950
Localisation: Ile de Noirmoutier
Country: France

MessagePosté le: 23/09/2009 14:33:22    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

29 juin. Une journée chaude, calme et paisible commence. Pierre Moreau, avec cheval et faucheuse, rase les bordures de la route menant au moulin de Chappe. Non loin de là, à la ferme des Landes, le feldwebel commandant le poste s'apprête à faire sa ronde habituelle. Il va tout d'abord passer au faux camp d'aviation pour s'assurer que tout va bien et dénombrer le nombre d'ampoules électriques qui ont dû rendre l'âme pendant la nuit. Ca, c'est son point noir : les maudites ampoules, de qualité médiocre, claquent pour un rien. A part cela, tout est si tranquille, qu'il va pouvoir, au retour, couper un grand sac d'herbe pour les lapins qu'il élève ... clandestinement ! Il ignore, bien évidemment, qu'à quarante kilomètres de là, règne une fébrilité inhabituelle. Cinq maquisards, essayant de rester le plus calme possible, récapitulent tous les détails du coup de main qu'ils vont tenter tout à l'heure. Gavroche a étudié longuement tous les renseignements fournis par Bardaboum. A présent, il en sait suffisamment pour éviter toute fausse manoeuvre. Pour le reste, il avisera sur place. Il emporte avec lui son colt de parachutage, un révolver au canon cerclé de rouge dont le barillet à six coups exclut tout enrayage. Pendant ce temps, Myo tourne et retourne son pistolet 11,43, tandis que pour la ènième fois, René vérifie la mécanique de la traction-avant. De leur côté, Dupuis et Givet, volontaires pour toutes les missions, font les cent pas dans la cour. 
Le moment tant attendu arrive. Le coeur battant, les cinq amis quittent le maquis. La mission commence.
Dix heures. Depuis quelques minutes, Pierre Moreau est intrigué par le comportement des occupants d'une traction immobilisée à quelques centaines de mètres de lui :
- " Cest bizarre ... Tiens ! Le chauffeur revient ... Merde ! Il n'est pas tout seul ! Qu'est-ce qui se passe ? "
Il se baisse pour examiner la lame de sa faucheuse qui ne coupe plus guère, et lorsque de nouveau son regard se pose sur la mystérieuse voiture, il la voit disparaître comme par enchantement, sans aucun bruit de moteur !
- " De plus en plus bizarre ! Il se trame quelque chose, c'est sûr ... "
C'est que nos cinq maquisards n'ont pas perdu de temps. La traction est camouflée dans un petit sentier étroit, tournée vers la départementale, prête à démarrer. Dupuis et Givet surveillent les arrières, tandis que René est posté au coin d'une haie à une centaine de mètres de la ferme qu'il surveille et qu'il tient sous le feu de son mousqueton. Un peu plus bas, Gavroche et Myo sont postés dans une cabane située en bout de vigne. Cet observatoire improvisé leur permet d'épier tout à loisir, sans courir le risque de se faire repèrer. Pour le moment, d'une tranquillité parfaite, ils cassent la croûte avec une boîte de sardines à l'huile.
Midi. La chaleur est accablante, et les minutes qui s'écoulent sont longues et interminables. Soudain, Myo donne un coup de coude à Gavroche : là, à quelques dizaines de mètres, se découpe la silhouette d'un allemand tenant à deux mains et par-dessus son épaule, un énorme sac ...
Tel un félin, Gavroche bondit.
Les deux hommes se retrouvent face à face, les yeux dans les yeux, à la même allure, au même rythme. La terre s'est arrêtée de tourner, plus rien n'existe. Cinquante pas chacun ... une éternité !
Le dernier sera pour Gavroche.
L'Allemand lève les deux bras en même temps, laissant choir son sac plein d'herbe sur le sol. Ses yeux se voilent d'une terreur infinie qui se fige soudain ...
Un coup part, un seul. En plein coeur.
Myo s'approche alors et regarde le cadavre qui vient de glisser à terre près du sac. C'est alors qu'il voit ... Oh! ... Horreur! Les cheveux du mort se dresser tout droit sur sa tête ! Glacé, pétrifié, il reste là, figé, incapable de faire un geste. Gavroche, durement, doit lui lancer:
-" C'est la guerre !"
Cela dégrise notre ami qui se reprend en quelques secondes et court prévenir les camarades. Il s'agit à présent d'amener la voiture pour y embarquer le corps le plus vite possible. Gavroche récupère le luger de l'ennemi, tandis que les autres arrivent avec le véhicule. Vite, la banquette arrière est retirée, le cadavre mis en place, la banquette reposée par-dessus, Givet, Dupuis et Myo s'asseyant sur le tout ! René reprend le volant, Gavroche à ses côtés. Aussitôt, la traction repart en roue libre pour ne pas attirer l'attention.
Pierre Moreau détèle son cheval au moment même ou la traction descend la côte à vive allure. Inquiet, il décide de vite rentrer chez lui.
Quatorze heures. La brute de sergent allemand arrive, l'air arrogant, la bouche mauvaise. Son supérieur n'est pas revenu, ni pour le déjeuner, ni ensuite. Hurlant et vociférant, il questionne Pierre qui reprend sa faucheuse, avec l'air naïf et paisible de celui qui ne sait rien. Pendant ce temps, au maquis, après avoir récupéré l'uniforme du soldat allemand, les hommes enterrent son corps dans un coin de pré. (La guerre terminée, grâce à sa plaque d'identité, la dépouille sera restituée à sa famille.)
Seize heures. A Chappe, les choses se compliquent réellement. Deux camions bourrés de soldats arrivent, feldgendarmes et chiens policiers en tête. Une enquête commence. Les chiens suivent quelques pistes et entraînent tout le monde vers la cabane, en aboyant comme des fous. C'est le branle-bas de combat. Douze allemands, mitraillette au poing, encerclent la petite bicoque. Cris, hurlements ... Mais dans la cabane, apparemment déserte, rien ne bouge. Un Allemand flanque un coup de pied dans la porte qui s'ouvre alors sur ... une inoffensive boîte de sardines vide de son contenu ! De rage, les Allemands détruisent la pauvre cabane de fond en comble !
Finalement, il n'y aura aucune représaille, l'ennemi envisageant l'hypothèse de la désertion.
Suite à ce coup de main, le poste de la ferme des Landes, le faux terrain d'aviation et l'observatoire du moulin de Briort sont abandonnés une semaine plus tard. A la grande joie des habitants qui n'ont plus de garde à assurer d'une part, et qui peuvent récupérer pieux et poteaux dont l'ennemi avait hérissé la lande, en vue de s'opposer à une invasion éventuelle de parachutistes alliés d'autre part.

(à suivre) 
______________________________
PASSANT RECUEILLE-TOI.
ILS SONT MORTS POUR QUE TU VIVES LIBRE.


Revenir en haut
Camille François
Chief Warrant Officer
Chief Warrant Officer

Hors ligne

Inscrit le: 14 Mai 2009
Messages: 496
Anniversaire: 14/04/1950
Localisation: Ile de Noirmoutier
Country: France

MessagePosté le: 26/07/2010 17:49:17    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

Dans ces précédents posts, je vous ai fait un condensé des premières pages de l'histoire du maquis de Guénégaud.
Maquis qui a eu la particularité d'être créé le 6 juin 1944, donc le jour du Débarquement. Aujourd'hui, ce livre va être réédité pour la fin de l'année par SRE Editions, (le même éditeur que Xavier), spécialisé dans les écrits de guerre. C'est d'ailleurs à Xavier que je dois cette réédition. En effet, après avoir eu la gentillesse de me faire relire son manuscrit, il m'a tenu au courant de ses démarches auprès des maisons d'éditions. SRE a accepté de lui éditer son texte, ce qui m'a amené moi, a leur demander si ils faisaient de la réédition. Voilà, vous savez tout.
______________________________
PASSANT RECUEILLE-TOI.
ILS SONT MORTS POUR QUE TU VIVES LIBRE.


Revenir en haut
L'Amiral
Administrateur
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 08 Nov 2005
Messages: 7 371
Anniversaire: 29/06/1976
Localisation: Arquennes - Belgique
Country: Belgique

MessagePosté le: 26/07/2010 18:12:07    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud Répondre en citant

Et, j'ajoute que j'ai eu la "primeur" du livre de notre amie et qu'il vaut le coup!!!
______________________________
Mon site: http://usairborne.be
l'adresse mail: x_va@hotmail.com

"L'homme est souvent décevant,
mais parfois époustouflant."
Olivier de Kersauson


Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: 03/12/2016 16:39:50    Sujet du message: Il s'appelait le maquis de Guénégaud

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     Index du Forum -> L'Histoire de la Seconde guerre mondiale -> Histoire de la Seconde guerre mondiale Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Aller à la page: 1, 2  >
Page 1 sur 2

 

 
Sauter vers:  

Portail | Index | Créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Xooit.com :: Top Forums Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com