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Le "coup de gueule" de Maurice Roy

 
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medicine
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MessagePosté le: 30/01/2011 18:12:59    Sujet du message: Le "coup de gueule" de Maurice Roy Répondre en citant

Le coup de Gueule de Maurice Roy (1866-1947)
par
Xavier Riaud


Maurice Roy naît le 24 décembre 1866, à Nemours. Il fait sa scolarité à l’école Colbert de sa ville (Sanz, 2006). Alors que sa famille est désargentée, Maurice Roy ne ménage pas ses efforts pour s’en sortir. A 14 ans, il entre dans un laboratoire de prothèse dentaire et y travaille en tant qu’apprenti mécanicien pour M. Adam, dentiste (Roy, 2011). Très vite, gagnant un peu d’argent, il devient le soutien de sa famille. A côté de cette louable activité, il poursuit ses études. Il s’inscrit à l’Ecole dentaire de Paris en 1884 et y obtient son diplôme. En 1889, il est démonstrateur, en 1890, chef de clinique, en 1895, professeur suppléant et en 1900, professeur titulaire (Sanz, 2006). Insatisfait, il entreprend de suivre les cours du soir et découvre les joies du latin, du grec et des mathématiques, ce qui lui permet de réussir son baccalauréat. Une fois celui-ci en poche, Maurice entame des études de médecine. Pour subvenir à ses besoins, il exerce en tant que dentiste dans un cabinet qu’il a ouvert au domicile de ses parents (Roy, 2011).
Lorsque vient le temps d’honorer ses devoirs militaires, il est exempté pour myopie, ce qui lui permet de se consacrer à la rédaction de sa thèse intitulée La prothèse immédiate et la prothèse tardive dans les résections de la mâchoire inférieure qu’il soutient en 1894. Un an après, il est affecté à l’hôpital Broussais, puis à la Pitié (Sanz, 2006 ; Roy, 2011).
Lorsque l’Affaire Dreyfus éclate cette même année, Maurice Roy est indigné par tant d’injustice. Au cri littéraire du « J’accuse… » d’Emile Zola paru dans le journal L’Aurore en 1898, le jeune dentiste s’empresse de signer la pétition militant pour la réhabilitation du capitaine déchu (Roy, 2011).
En 1896, il publie un livre qui porte le titre suivant : Thérapeutique de la bouche et des dents. Hygiène. Anesthésie. Cet ouvrage monumental connaît la joie d’une cinquième édition en 1930 (Sanz, 2006).
Soucieux du bien-être de ses confrères, il fonde en 1902, la Société coopérative des Dentistes de France destinée à fournir en matériel les praticiens du pays (Roy, 2011 ; Sanz, 2006).
En 1902, puis en 1909, le parisien développe une idée préalablement décrite par Claude Martin, concernant l’utilisation de la résection apicale (Zimmer, sans date).
Ayant participé activement à la création de la Fédération dentaire internationale en 1901, il devient logiquement membre de son comité exécutif en 1904, puis vice-président en 1911 (Sanz, 2006). Il est d’ailleurs réélu à cette dernière fonction en 1936 (Ennis, 1967).
En 1914, au VIème congrès dentaire international, à Londres, le praticien prouve dans une communication mémorable que la gencive et l’attachement marginal du cément aux dents saines atteintes d’un abcès « serpigineux » ne sont jamais intacts (Zimmer, sans date ; Sanz, 2006). Associé à son ami Paul Martinier, il publie un livre sur Le traitement des blessures de guerre de la région maxillo-faciale. D’ailleurs, dès le début de la guerre, avec le même ami, il crée le comité de secours des blessés des maxillaires et de la face. Il se dévoue sans compter, établit des protocoles de chirurgie et de réhabilitation prothétique, qui sont repris par d’autres centres (Sanz, 2006).
En 1915, il contribue à la création de l’Aide confraternelle aux dentistes français et belges victimes de la guerre (Sanz, 2006).
En 1918, il atteste que la pyorrhée alvéolaire débute systématiquement par une atrophie sénile. De 1934 à 1936, il s’intéresse de près aux procédés d’ancrage des prothèses fixées (Zimmer, sans date).
En 1923, il prend la direction de la revue L’Odontologie, succédant ainsi à Charles Godon qui vient de décéder. Par son travail acharné et son abnégation, il fait de cette revue, un acteur incontournable de la dentisterie de l’époque. Tous les thèmes y sont étudiés, sans sectarisme, mais avec objectivité et ouverture d’esprit (Sanz, 2006).
En 1926, son grand traité La pyorrhée alvéolaire paraît.
Le 28 juillet 1933, lors du congrès annuel de la Fédération dentaire internationale à Edimbourg, après un discours tonitruant de Georges Villain, son président, fustigeant le régime nazi, par son ardeur à défendre la liberté et l’idée de démocratie, et affichant ouvertement son souhait d’aider les dentistes juifs allemands en pleine détresse, Maurice Roy s'associant pleinement à ces idées fait adopter par le comité exécutif de la FDI, une motion déclarant « Le conseil exécutif de la FDI, dûment rassemblé en session à Edimbourg, le 28 juillet 1933, considérant uniquement la protection des droits acquis par les dentistes du monde entier par leurs diplômes accordés par des autorités compétentes dans leur pays respectifs, déclare qu’en aucun cas, une question de race, de religion ou de politique ne peut restreindre la liberté et l’exercice de la profession de nos collègues dûment qualifiés. De même, aucune restriction ne peut leur être imposée qui pourrait les pousser à des manquements quant à leurs obligations morales et professionnelles. » Celle-ci, à l’exception des Allemands qui n’ont pas été présents, est adoptée à l’unanimité. En effet, après avoir effectué de nombreuses démarches pour aider leurs confrères, qui sont restées sans réponse, c’est de colère que le bureau de la FDI a publié ce texte.
Avec l’accession au pouvoir du Chancelier Adolf Hitler en 1933, toute la société allemande passe sous le contrôle de l’autorité nazie et les persécutions contre les Juifs commencent. Ainsi, cette même année, le 24 mars 1933, le Dr Ernst Stück, dentiste de Leipzig, membre du Parti national-socialiste, devient le chef de tous les dentistes allemands. Dès le 23 mai, Stück ordonne que les responsables syndicaux des régions et des cantons se dotent d’un représentant politique appartenant à la NSDAP. Il est d’ailleurs présent au congrès de Vienne de la FDI qui se tient en 1936 et qui voit le sacre de Maurice Roy. Le mois qui a précédé le congrès en Ecosse, une loi interdit à tous les dentistes juifs, du moins tous ceux qui ne sont pas en activité depuis 1914 ou qui ont interrompu leur activité en Allemagne depuis 1914. La situation des praticiens juifs dans cette contrée est désespérée (Ennis, 1967 ; Riaud, 2005).
En 1936 donc, Hans Pichler, stomatologue autrichien, préside le IXème congrès de la Fédération dentaire internationale à Vienne. Alors professeur, il affirme avec conviction : « Nous, Autrichiens, voulons rester en contact avec la médecine, mais nous voulons collaborer avec les dentistes du monde entier vers un objectif commun. » Le congrès connaît un franc succès, ce qui fait la fierté de Pichler, dans un pays où les dentistes sont avant tout des stomatologues. Deux résolutions approuvées par Pichler sont enregistrées à ce meeting : l’abolition de toute rivalité entre les stomatologues et les dentistes qui doivent travailler en parfaite harmonie, et l’obligation pour les dentistes d’avoir suivi une formation médicale appropriée sous contrôle universitaire (Ennis, 1967 ; Riaud, 2010). A l’issu de ce congrès, Maurice Roy reçoit, pour ses travaux, la plus haute distinction, avec deux autres collègues, Gottlieb et Cieszinsky, attribuée par les 33 pays membres du nouveau comité exécutif, dont l’Allemagne, le prix international Miller. C’est Georges Villain en personne, dans une dernière action présidentielle, qui lui a remis son prix (Ennis, 1967). Devant son intransigeance quant à l’obligation de respect des Droits de l’Homme, les Allemands sont partis avant l’heure (Dreyfus, 1947 ; Sanz, 2006 ; Roy, 2011). Cette année-là, notre homme reçoit aussi la Légion d’honneur pour services rendus à son pays (Sanz, 2006).
Pendant la guerre, alors que la France est occupée, il n’hésite pas à cacher à son domicile des aviateurs et des résistants. Il disposait dans un recoin de l’appartement d’un réduit qu’il fermait à clé constamment et dont il interdisait l'accès à quiconque. Devenu directeur de l’Ecole dentaire de Paris, il interdit le port de l’étoile jaune dans ses locaux, ce qui aurait pu lui valoir d'être arrêté par la forces d'occupation (Dreyfus, 1947 ; Roy, 2011). En 1942, alors que les exigences des Allemands se font plus pressantes, il démissionne de ses fonctions à l’Ecole dentaire, au journal L’Odontologie et à la Coopérative dentaire. Ses choix et ses convictions lui ont valu des articles injurieux dans le journal de l’Occupation, Je suis partout. L’un d’entre eux en particulier l’a vilipendé avec la plus grande virulence. Il s’en est moqué et plus ses détracteurs l’ont fustigé, plus il en a été fier (Dreyfus, 1947 ; Roy, 2011).
Grand ami de Georges Villain disparu prématurément en 1938 et dont il a écrit l’éloge funèbre paru dans L’Odontologie en 1938, Maurice Roy a été un homme d’une droiture et d’une probité exemplaire. Auteur d’un nombre de publications incalculables,- environ 150 qui comprennent articles, livres et communications -, cultivé à l’extrême puisqu’il a pour habitude de déclamer des tirades des grands auteurs français, curieux de tout, il lit tout ce qui lui passe par la main. D’ailleurs, son épouse disait de lui, à sa petite-fille : « Je m’endors, ton grand-père lit. Je me réveille, ton grand-père lit (Roy, 2011). »
Maurice Roy est décédé le 5 janvier 1947.

Voici un court extrait de son testament spirituel adressé à sa famille : « (…) J’ai cherché à être un bon humain, conscient que la morale collective est faite de la somme des morales individuelles de chacun. Je me suis efforcé de porter le moins de préjudice possible à cette morale collective de mon propre pays que j’aime passionnément, pensant ainsi que dans ma sphère infime, je travaillais obscurément à la perfection humaine et au bonheur de l’humanité, tout en ne me dissimulant, ni l’infinie faiblesse de mes moyens, ni l’impossibilité de jamais obtenir cette perfection et ce bonheur ; je me suis donné cette satisfaction, en toute humilité, de travailler à rendre la condition humaine un peu moins mauvaise, ou plutôt de n’avoir pas travaillé à la rendre pire. De même que dans les conditions où le sort m’a placé, je me suis efforcé d’apporter une très modeste contribution au progrès du savoir humain, heureux si j’ai pu, au terme de mon existence, y laisser, par comparaison, un de ces infimes grains de sable dont l’ensemble constitue l’Himalaya. Je mourrai tranquille, si, jusqu’au bout, j’ai pu être, suivant mon désir, un bon père de famille, un bon citoyen, un bon artisan, au sens large du mot, dans la profession où le sort m’a placé. (…) » (Roy, 2011)

Références bibliographiques :
Dreyfus H. & al., « Maurice Roy (1866-1947) », in L’Odontologie, 1947.
Ennis John, The Story of the Fédération Dentaire Internationale (1900-1962), FDI (ed.), Londres, 1967.
Riaud Xavier, Les dentistes allemands sous le IIIème Reich, L’Harmattan (éd.), Collection Allemagne d’hier et d’aujourd’hui, Paris, 2005.
Riaud Xavier, Pionniers de la chirurgie maxillo-faciale (1914-1918), L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2011
Roy Nicole, communication personnelle, Paris, 2011.
Sanz Javier, « Maurice Roy », in Protagonistas de la Odontologìa, http://www.maxillaris.com, juin 2006, pp. 90-92.
Zimmer Marguerite, « Petite histoire de l’art dentaire du XVIIIème siècle à 1950 », in Actes de la Société française d’histoire de l’art dentaire, Paris, sans date, http://www.bium.univ-paris5.fr.
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MessagePosté le: 30/01/2011 18:12:59    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: 30/01/2011 23:11:30    Sujet du message: Re: Le "coup de gueule" de Maurice Roy Répondre en citant

medicine a écrit:
Le coup de Gueule de Maurice Roy (1866-1947)
par
Xavier Riaud


Maurice Roy naît le 24 décembre 1866, à Nemours. Il fait sa scolarité à l’école Colbert de sa ville (Sanz, 2006). Alors que sa famille est désargentée, Maurice Roy ne ménage pas ses efforts pour s’en sortir. A 14 ans, il entre dans un laboratoire de prothèse dentaire et y travaille en tant qu’apprenti mécanicien pour M. Adam, dentiste (Roy, 2011). Très vite, gagnant un peu d’argent, il devient le soutien de sa famille. A côté de cette louable activité, il poursuit ses études. Il s’inscrit à l’Ecole dentaire de Paris en 1884 et y obtient son diplôme. En 1889, il est démonstrateur, en 1890, chef de clinique, en 1895, professeur suppléant et en 1900, professeur titulaire (Sanz, 2006). Insatisfait, il entreprend de suivre les cours du soir et découvre les joies du latin, du grec et des mathématiques, ce qui lui permet de réussir son baccalauréat. Une fois celui-ci en poche, Maurice entame des études de médecine. Pour subvenir à ses besoins, il exerce en tant que dentiste dans un cabinet qu’il a ouvert au domicile de ses parents (Roy, 2011).
Lorsque vient le temps d’honorer ses devoirs militaires, il est exempté pour myopie, ce qui lui permet de se consacrer à la rédaction de sa thèse intitulée La prothèse immédiate et la prothèse tardive dans les résections de la mâchoire inférieure qu’il soutient en 1894. Un an après, il est affecté à l’hôpital Broussais, puis à la Pitié (Sanz, 2006 ; Roy, 2011).
Lorsque l’Affaire Dreyfus éclate cette même année, Maurice Roy est indigné par tant d’injustice. Au cri littéraire du « J’accuse… » d’Emile Zola paru dans le journal L’Aurore en 1898, le jeune dentiste s’empresse de signer la pétition militant pour la réhabilitation du capitaine déchu (Roy, 2011).
En 1896, il publie un livre qui porte le titre suivant : Thérapeutique de la bouche et des dents. Hygiène. Anesthésie. Cet ouvrage monumental connaît la joie d’une cinquième édition en 1930 (Sanz, 2006).
Soucieux du bien-être de ses confrères, il fonde en 1902, la Société coopérative des Dentistes de France destinée à fournir en matériel les praticiens du pays (Roy, 2011 ; Sanz, 2006).
En 1902, puis en 1909, le parisien développe une idée préalablement décrite par Claude Martin, concernant l’utilisation de la résection apicale (Zimmer, sans date).
Ayant participé activement à la création de la Fédération dentaire internationale en 1901, il devient logiquement membre de son comité exécutif en 1904, puis vice-président en 1911 (Sanz, 2006). Il est d’ailleurs réélu à cette dernière fonction en 1936 (Ennis, 1967).
En 1914, au VIème congrès dentaire international, à Londres, le praticien prouve dans une communication mémorable que la gencive et l’attachement marginal du cément aux dents saines atteintes d’un abcès « serpigineux » ne sont jamais intacts (Zimmer, sans date ; Sanz, 2006). Associé à son ami Paul Martinier, il publie un livre sur Le traitement des blessures de guerre de la région maxillo-faciale. D’ailleurs, dès le début de la guerre, avec le même ami, il crée le comité de secours des blessés des maxillaires et de la face. Il se dévoue sans compter, établit des protocoles de chirurgie et de réhabilitation prothétique, qui sont repris par d’autres centres (Sanz, 2006).
En 1915, il contribue à la création de l’Aide confraternelle aux dentistes français et belges victimes de la guerre (Sanz, 2006).
En 1918, il atteste que la pyorrhée alvéolaire débute systématiquement par une atrophie sénile. De 1934 à 1936, il s’intéresse de près aux procédés d’ancrage des prothèses fixées (Zimmer, sans date).
En 1923, il prend la direction de la revue L’Odontologie, succédant ainsi à Charles Godon qui vient de décéder. Par son travail acharné et son abnégation, il fait de cette revue, un acteur incontournable de la dentisterie de l’époque. Tous les thèmes y sont étudiés, sans sectarisme, mais avec objectivité et ouverture d’esprit (Sanz, 2006).
En 1926, son grand traité La pyorrhée alvéolaire paraît.
Le 28 juillet 1933, lors du congrès annuel de la Fédération dentaire internationale à Edimbourg, après un discours tonitruant de Georges Villain, son président, fustigeant le régime nazi, par son ardeur à défendre la liberté et l’idée de démocratie, et affichant ouvertement son souhait d’aider les dentistes juifs allemands en pleine détresse, Maurice Roy s'associant pleinement à ces idées s'insurge et fait adopter par le comité exécutif de la FDI, une motion déclarant « Le conseil exécutif de la FDI, dûment rassemblé en session à Edimbourg, le 28 juillet 1933, considérant uniquement la protection des droits acquis par les dentistes du monde entier par leurs diplômes accordés par des autorités compétentes dans leur pays respectifs, déclare qu’en aucun cas, une question de race, de religion ou de politique ne peut restreindre la liberté et l’exercice de la profession de nos collègues dûment qualifiés. De même, aucune restriction ne peut leur être imposée qui pourrait les pousser à des manquements quant à leurs obligations morales et professionnelles. » Celle-ci, à l’exception des Allemands qui ne sont pas présents, est adoptée à l’unanimité. En effet, après avoir effectué de nombreuses démarches pour aider leurs confrères, qui sont restées sans réponse, c’est de colère que le bureau de la FDI a publié ce texte.
Avec l’accession au pouvoir du Chancelier Adolf Hitler en 1933, toute la société allemande passe sous le contrôle de l’autorité nazie et les persécutions contre les Juifs commencent. Ainsi, cette même année, le 24 mars 1933, le Dr Ernst Stück, dentiste de Leipzig, membre du Parti national-socialiste, devient le chef de tous les dentistes allemands. Dès le 23 mai, Stück ordonne que les responsables syndicaux des régions et des cantons se dotent d’un représentant politique appartenant à la NSDAP. Il est d’ailleurs présent au congrès de Vienne de la FDI qui se tient en 1936 et qui voit le sacre de Maurice Roy. Le mois qui a précédé le congrès en Ecosse, une loi interdit d'exercer à tous les dentistes juifs, du moins tous ceux qui ne sont pas en activité depuis 1914 ou qui ont interrompu leur activité en Allemagne depuis 1914. La situation des praticiens juifs dans cette contrée est désespérée (Ennis, 1967 ; Riaud, 2005).
En 1936 donc, Hans Pichler, stomatologue autrichien, préside le IXème congrès de la Fédération dentaire internationale à Vienne. Alors professeur, il affirme avec conviction : « Nous, Autrichiens, voulons rester en contact avec la médecine, mais nous voulons collaborer avec les dentistes du monde entier vers un objectif commun. » Le congrès connaît un franc succès, ce qui fait la fierté de Pichler, dans un pays où les dentistes sont avant tout des stomatologues. Deux résolutions approuvées par Pichler sont enregistrées à ce meeting : l’abolition de toute rivalité entre les stomatologues et les dentistes qui doivent travailler en parfaite harmonie, et l’obligation pour les dentistes d’avoir suivi une formation médicale appropriée sous contrôle universitaire (Ennis, 1967 ; Riaud, 2010). A l’issu de ce congrès, Maurice Roy reçoit, pour ses travaux, la plus haute distinction, avec deux autres collègues, Gottlieb et Cieszinsky, attribuée par les 33 pays membres du nouveau comité exécutif, dont l’Allemagne, le prix international Miller. C’est Georges Villain en personne, dans une dernière action présidentielle, qui lui a remis son prix (Ennis, 1967). Devant son intransigeance quant à l’obligation de respect des Droits de l’Homme, les Allemands sont partis du congrès avant l’heure (Dreyfus, 1947 ; Sanz, 2006 ; Roy, 2011). Cette année-là, notre homme reçoit aussi la Légion d’honneur pour services rendus à son pays (Sanz, 2006).
Pendant la guerre, alors que la France est occupée, il n’hésite pas à cacher à son domicile des aviateurs et des résistants. Il disposait dans un recoin de son appartement d’un réduit qu’il fermait à clé constamment et dont il interdisait l'accès à quiconque. Devenu directeur de l’Ecole dentaire de Paris, il interdit le port de l’étoile jaune dans ses locaux, ce qui aurait pu lui valoir d'être arrêté par la police pétainiste (Dreyfus, 1947 ; Roy, 2011). En 1942, alors que les exigences des Allemands se font plus pressantes, il démissionne de ses fonctions à l’Ecole dentaire, au journal L’Odontologie et à la Coopérative dentaire. Ses choix et ses convictions lui ont valu des articles injurieux dans le journal de l’Occupation, Je suis partout. L’un d’entre eux en particulier l’a vilipendé avec la plus grande virulence. Il s’en est moqué et plus ses détracteurs l’ont fustigé, plus il en a été fier (Dreyfus, 1947 ; Roy, 2011).
Grand ami de Georges Villain disparu prématurément en 1938 et dont il a écrit l’éloge funèbre paru dans L’Odontologie en 1938, Maurice Roy a été un homme d’une droiture et d’une probité exemplaire. Auteur d’un nombre de publications incalculables,- environ 150 qui comprennent articles, livres et communications -, cultivé à l’extrême puisqu’il a pour habitude de déclamer des tirades des grands auteurs français, curieux de tout, il lit tout ce qui lui passe par la main. D’ailleurs, son épouse disait de lui, à sa petite-fille : « Je m’endors, ton grand-père lit. Je me réveille, ton grand-père lit (Roy, 2011). »
Maurice Roy est décédé le 5 janvier 1947.

Voici un court extrait de son testament spirituel adressé à sa famille : « (…) J’ai cherché à être un bon humain, conscient que la morale collective est faite de la somme des morales individuelles de chacun. Je me suis efforcé de porter le moins de préjudice possible à cette morale collective de mon propre pays que j’aime passionnément, pensant ainsi que dans ma sphère infime, je travaillais obscurément à la perfection humaine et au bonheur de l’humanité, tout en ne me dissimulant, ni l’infinie faiblesse de mes moyens, ni l’impossibilité de jamais obtenir cette perfection et ce bonheur ; je me suis donné cette satisfaction, en toute humilité, de travailler à rendre la condition humaine un peu moins mauvaise, ou plutôt de n’avoir pas travaillé à la rendre pire. De même que dans les conditions où le sort m’a placé, je me suis efforcé d’apporter une très modeste contribution au progrès du savoir humain, heureux si j’ai pu, au terme de mon existence, y laisser, par comparaison, un de ces infimes grains de sable dont l’ensemble constitue l’Himalaya. Je mourrai tranquille, si, jusqu’au bout, j’ai pu être, suivant mon désir, un bon père de famille, un bon citoyen, un bon artisan, au sens large du mot, dans la profession où le sort m’a placé. (…) » (Roy, 2011)

Références bibliographiques :
Dreyfus H. & al., « Maurice Roy (1866-1947) », in L’Odontologie, 1947.
Ennis John, The Story of the Fédération Dentaire Internationale (1900-1962), FDI (ed.), Londres, 1967.
Riaud Xavier, Les dentistes allemands sous le IIIème Reich, L’Harmattan (éd.), Collection Allemagne d’hier et d’aujourd’hui, Paris, 2005.
Riaud Xavier, Pionniers de la chirurgie maxillo-faciale (1914-1918), L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2011
Roy Nicole, communication personnelle, Paris, 2011.
Sanz Javier, « Maurice Roy », in Protagonistas de la Odontologìa, http://www.maxillaris.com, juin 2006, pp. 90-92.
Zimmer Marguerite, « Petite histoire de l’art dentaire du XVIIIème siècle à 1950 », in Actes de la Société française d’histoire de l’art dentaire, Paris, sans date, http://www.bium.univ-paris5.fr.

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MessagePosté le: 31/01/2011 09:45:01    Sujet du message: Le "coup de gueule" de Maurice Roy Répondre en citant

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MessagePosté le: 31/01/2011 23:56:09    Sujet du message: Le "coup de gueule" de Maurice Roy Répondre en citant

Merci. C'est dommage qu'il soit mort en 1938, mais Georges Villain était un homme véritablement exceptionnel pour qui je voue une réelle admiration. Amitiés, Xavier
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MessagePosté le: 04/12/2016 15:11:13    Sujet du message: Le "coup de gueule" de Maurice Roy

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