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solidarité et dents en or dans les camps

 
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MessagePosté le: 21/01/2012 04:20:29    Sujet du message: solidarité et dents en or dans les camps Répondre en citant

Symbolisme, solidarité et dents en or dans les camps de concentration
par
Xavier Riaud


En 1933, s’ouvre le premier des camps de concentration à Dachau. Le Reichsführer Heinrich Himmler ordonne aux médecins SS la récupération des dents en or sur les cadavres et celles sur les vivants « qui ne peuvent être réparées », le 23 septembre 1940 et le 23 décembre 1942.
L’ordre de pratiquer la récupération systématique des dents en or, donné le 23 septembre 1940, n’est pas appliqué immédiatement. Il ne le sera que deux ans plus tard dans le cadre de la Solution Finale, le manque aigu de devises pour l’achat de matières premières imposant son application. Une étude française évoque le chiffre de 17 tonnes d’or dentaire provenant des camps. Il aurait été récupéré 25 kg d’or dentaire pour Mauthausen sur toute la durée de la guerre, de 100 à 500 g/mois à Buchenwald sur la même période et 6 tonnes pour Auschwitz. A Treblinka, huit à dix kilos d’or ont été stockés dans des valises chaque semaine. 80 000 dents ont été retrouvées dans des caisses à la libération du camp d’Oranienburg-Sachsenhausen. Des études d’après-guerre ont démontré qu’il était enlevé en moyenne 5 dents par individu,- étude que mes recherches personnelles à partir des archives d’Auschwitz ont corroboré -, à raison de 3 g d’or à 22 carats par dent, l’or obtenu après refonte n’excédant pas 2 à 3 g (Kogon, 1999 ; Riaud, 2002).
Si la fin de la guerre a révélé au monde l’horreur des camps, les exactions qui y ont été commises par la bestialité des nazis, leurs crimes de guerre ou crimes contre l’Humanité, quelquefois au milieu du mal absolu, a émergé la solidarité de ceux qui luttaient pour sauver leur vie et celle du plus grand nombre. Des hommes ont surnagé, brillants par leur abnégation, leur altruisme et leur générosité qu’il convient de ne pas oublier et de rappeler aux générations futures. Afin que personne n’oublie…

Le père Johannes Gruber (1889-1944)
Directeur de l’Institut pour aveugles de Linz, il est un opposant au régime nazi convaincu. Il n’hésite pas à afficher ses convictions dérangeantes pour le gouvernement autrichien. Un prétexte est trouvé. Il est jugé et condamné. Il sera réhabilité bien des années plus tard en 1999.
Après un court séjour en prison, il rejoint le camp de Mauthausen en 1940, puis celui de Gusen I.
Après la découverte de tombes de l’âge de bronze exhumées par la construction d’une voie de chemin de fer à Gusen, kommando de Mauthausen, le père Jean Gruber est nommé kapo du musée de Gusen mis en chantier par Himmler, lui-même. Deux à trois mois plus tard, le Reichsführer SS le nomme inspecteur général des musées des camps de concentration autrichiens. De ce fait, il est autorisé à quitter Gusen, une fois par mois, pour deux jours. Chez ses contacts à Vienne, il emprunte de l’argent. Avec celui-ci, il organise un fantastique trafic. L’organisation débute par un simple trafic de cigarettes, denrées ô combien rares et précieuses dans les camps qui servent souvent de monnaie d’échange. Au printemps 1943, le père Gruber ne s’occupe régulièrement que d’une dizaine de détenus. Il échange les cigarettes contre de la nourriture qu’il redistribue. Le troc se déroule derrière le block 19. Bientôt, au début 1944, ils sont soixante.
L’organisation Gruber s’étend encore. Elle atteint la morgue, le crématoire où le père achète des dents en or qui se transforment en lingots à Vienne, les lingots en billets, les billets en bouteillons de soupe. Les cuisiniers lui livrent chaque soir, cinquante litres de soupe, parfois soixante-quinze qu’il distribue près des lavabos du block 12. Francophile, il aide jusqu’à trente-cinq détenus français, et combien de camarades d’autres nationalités ?
Le 4 avril 1944, le père Gruber est arrêté. A la même heure, son ami, l’avocat est abattu dans son appartement de Vienne par la Gestapo et tous les membres du réseau sont capturés.
Le père Gruber est torturé pendant trois jours. Le vendredi 7 avril, à 3 heures du matin, il est « suicidé » par le commandant Seidler qui l’étrangle, en masquant son crime en suicide. Son corps est trouvé pendu à un croc de boucher. Membre du réseau de résistance autrichien, il ne parlera jamais.
A l’annonce de sa mort, une minute de silence est décidée. Beaucoup des détenus ont pleuré ce jour-là.
Plus tard, l’administration SS parle de dents en or détournées, de devises étrangères véhiculées dans les doublures des vêtements. Les détenus n’ont jamais oublié Jean Gruber et l’ont surnommé le Géant de Gusen. A Cayrol, déporté, qui cherche le repos de l’âme, il rétorque : « Pour l’âme, on verra plus tard, d’abord, il faut que tu manges. » Il disait aussi à ses compagnons d’infortune : « Survivre est la seule forme de résistance dans un camp de concentration (Bernadac, 1969 ; Rousseau-Rambaud, 2012). »

Le calice de Dachau
Au lendemain de la libération du camp de Dachau, sur le conseil de l’archevêque de Munich, un calice fut coulé, un calice unique. Le prêtre fondeur a utilisé l’or découvert dans les « canadas », l’or des disparus du crématoire : alliance, bijoux, montures de lunettes, mais, aussi, les dents « récupérées » à la morgue (Bernadac, 1969)…

Les dents en cuivre de Birkenau
« A Birkenau, en été 1943, chaque jour, des détenus venaient nous proposer des cigarettes, et de l’alcool, contre des brillants, des dollars, des montres, des dentiers en or et autres objets de valeur recueillis après les opérations de gazage. » Ainsi, s’est monté un véritable trafic de valeurs. Pour survivre.
« Nos conditions matérielles de vie se dégradaient de jour en jour. Les sentinelles SS en service en deçà du réseau de barbelés dans le secteur du crématoire avaient beau nous solliciter de plus en plus souvent et nous proposer toutes sortes de denrées ainsi que du tabac, et de la vodka, nous n’avions plus rien à échanger.
Une idée de génie de Fischer, un assistant du service de la dissection, est venue mettre un terme à la précarité de nos ressources. Il m’a proposé en effet d’organiser le trafic de cuivre jaune sur une échelle aussi grande que possible. Cela ne devait pas être difficile, car il y avait dans le magasin du crématoire V, une grande quantité d’ampoules dont les vis de filetage étaient fabriquées en cuivre jaune comme les douilles des lampes. Entre temps, Fischer avait confectionné quelques moulages destinés à la production de couronnes en or qu’il recouvrait suivant les règles de l’art d’une mince couche de cuivre jaune. Il martelait ensuite la matière et il retirait les couronnes des moulages. De mon côté, je n’avais plus qu’à remplir l’intérieur de la dent avec une masse visqueuse de plâtre, on pouvait croire qu’il s’agissait de véritables dents en or.
Après avoir fabriqué quelques fausses dents, je les ai emportées pour les remettre à un homme qui m’attendait à côté du réseau de barbelés. Toutes les sentinelles SS savaient parfaitement qu’un détenu du kommando spécial faisait du trafic de dents en or. Je me suis approché donc de la clôture avec précaution. J’ai été abordé par une sentinelle. N’étant séparé de lui que par les barbelés, je l’ai appâtée avec une poignée de fausses dents en or pour vérifier si sa convoitise n’était pas feinte. Il m’a tendu à travers les barbelés, un chapelet de saucisses, une boule de pain et quelques paquets de cigarettes. Je lui ai remis alors mes dents et suis revenu en courant au crématoire, quelque peu anxieux qu’il n’est découvert immédiatement le pot aux roses. Je refermais la porte derrière moi avec soulagement. Personne ne viendrait plus contester le marché.
Lorsque le secret de la fabrication de nos dents a été éventé, il y a eu une véritable ruée sur le cuivre jaune, une « fièvre de l’or » qui n’a épargné personne. Il était inconcevable que l’essor de ce trafic ne se soit pas terminé par un fiasco. Les SS étaient pourtant encore à 100 lieues de se douter de notre ruse. Il est possible aussi que les acquéreurs de cet or, censé provenir d’un vol, n’aient pas osé pour cette raison, le montrer à des tiers pour expertise. Nous devions ainsi à l’idée géniale de Fischer, un adoucissement notable de nos pénibles conditions d’existence au kommando spécial (Müller, 1980). »

La bague d’Oskar Schindler (1908-1974)
Industriel allemand et membre du parti nazi, incroyablement opportuniste, Oskar Schindler fait fortune dans la fabrication de batteries de cuisine en émail à Cracovie, en profitant du travail obligatoire des Juifs qu’il emploie et auprès desquels il trouve les fonds nécessaires pour créer l’entreprise qu’il dirige, la Deutsch Emailwaren Fabrik.
Témoin passif de la liquidation du ghetto de Cracovie en 1943, profondément traumatisé par les exactions de ses compatriotes, il se démène pour sauver la vie de nombre d’entre eux. Aidé de sa femme Emilie et de son comptable juif Itzhak Stern, il sauve la vie de plus de 1 100 détenus en les rachetant aux SS, et en particulier au commandant du camp de Plaszow, Amon Goethe, et en les amenant en Tchécoslovaquie, afin de les faire travailler dans une usine d'armement à Zwittau-Brinnlitz. En se rendant jusqu'à Auschwitz et en faisant jouer ses relations, il parvient à récupérer ses ouvrières juives dirigées par erreur vers le camp d’extermination par l'administration nazie. Il n’hésite jamais à user de son charisme, de son art de la diplomatie et de son savoir-faire pour mener à bien ses actions de sauvetage. A cette fin, il consacre une grande partie de ses biens personnels.
Pour sauver ses travailleurs juifs,- qui oeuvrent dans son kommando avec des conditions de vie qui détonnent de celles des autres camps puisqu’ils sont correctement nourris et traités -, et ne pas ralentir l'avancée alliée par sa production d'armes, il décide de saborder sa production.
Après la fin de la guerre, il émigre en Argentine où il devient fermier. C’est un échec. Il revient donc en 1958, dans son pays natal. Nouvel échec dans l’industrie. Malgré tout, il reste en contact avec les personnes qu’il a sauvées.
L'attribution du titre de Juste parmi les Justes survient en 1993, après une première démarche en 1963 qui se solde par un refus.
Au moment de la libération du camp de Zwittau-Brinnlitz, ses travailleurs juifs, pour le remercier de leur avoir sauvé la vie, lui offre une bague fabriquée à partir d’une prothèse en or extraite dans ce but de la bouche de l’un d’entre eux. L’industriel ne la quittera jamais.
Il meurt le 9 octobre 1974 et est enterré dans le cimetière chrétien de Jérusalem (Keneally, 1982).

Références bibliographiques :
Bernadac Christian, Les Sorciers du ciel, France-Empire (éd.), Paris, 1969.
Gedenkstätte Oranienburg-Sachsenhausen, Oranienburg, Allemagne, 2003.
Keneally Thomas, Schindler’s Ark, Hodder & Stoughton, Londres, 1982.
Kogon Eugen, L’Etat SS : le système des camps de concentration allemand, La Jeune Parque (éd.), 1993 (traduit de l’allemand).
Müller Filip, Trois ans dans une chambre à gaz d’Auschwitz, Pygmalion/Gérard Watelet (éd.), Paris, 1980.
Panstwowe Muzeum Auschwitz-Birkenau, Oswiecim, Pologne, 2001, 2003 et 2004.
Riaud Xavier, La pratique dentaire dans les camps du IIIème Reich, L’Harmattan (éd.), Collection Allemagne d’Hier et d’Aujourd’hui, Paris, 2002.
Rousseau-Rambaud Micheline, « Le père Johannes Gruber (1889-1944) », in www.campmauthausen.org, 2012.
Yad Vashem, Jerusalem, Israël, 1995.
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MessagePosté le: 21/01/2012 04:20:29    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: 21/01/2012 04:23:30    Sujet du message: solidarité et dents en or dans les camps Répondre en citant

Bonne année à tous, XR
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MessagePosté le: 07/12/2016 09:34:33    Sujet du message: solidarité et dents en or dans les camps

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