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Robert Capa - Grand Photographe ou esbrouffe?

 
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L'Amiral
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Messages: 7 371
Anniversaire: 29/06/1976
Localisation: Arquennes - Belgique
Country: Belgique

MessagePosté le: 06/08/2015 08:18:07    Sujet du message: Robert Capa - Grand Photographe ou esbrouffe? Répondre en citant

Bonjour,
Pascal (Glider Pilote) m'a envoyé cet article et je trouve que ça ferai un bon sujet pour le forum...
Qu'en pensez-vous? Info? Intox?


Robert Capa : comment la légende des photos du débarquement s’est
> effondrée
>
> par Théo Chapuis |1 week ago
>
> *Une enquête vertigineuse démontre que le 6 juin 1944, Robert Capa
> n’aurait pas tant agi en héros du journalisme de guerre que comme tout
> autre type débarqué sur cette plage hostile : il aurait pris ses
> jambes à son cou avant de maquiller l’histoire pour rester “le plus
> grand photographe de guerre du monde”.*
>
> k
>
> /La planche contact qui subsiste et ses neuf vues photographiées par
> Robert Capa (Courtesy from Photocritic International)/
>
> Prétendre que Robert Capa est un faussaire, c’est un peu comme dire
> que Beethoven, Kubrick ou Hendrix ont menti sur leur talent : prenez
> garde ! On ne touche plus à des hommes, mais à de véritables légendes.
> Or, les idoles ne se questionnent pas : elles se vénèrent, sans
> discuter. Alors quand de simples mortels remettent en cause le
> bien-fondé des photos de Capa prises le 6 juin 1944, c’est tout un pan
> du mythe qui s’effondre…
>
> En juin 1944, celui qu’on appelait encore Endre Ernő Friedmann
> quelques années plus tôt est célèbre. Ses photos des fronts africain
> et italien, mais surtout de la Guerre d’Espagne ont pu être admirées
> dans le monde entier. C’est la gloire. La preuve : on le surnomme déjà
> /“le plus grand photographe de guerre du monde”. /Fort de son aura et
> de l’influence du magazine /LIFE/ pour lequel il travaille, il finit
> par être le seul photographe de presse autorisé à aborder les plages
> de Normandie lors de la première phase de l’opération Overlord : le
> débarquement de Normandie (d’autres photos seront prises, mais par des
> GIs américains).
>
> Là, sur ce bout de plage normande rebaptisé “Easy Red”, l’histoire est
> formelle
>
> : Capa se comporte en héros. À peine sur le plancher des vaches,
> celui-ci se joue habilement de la mitraille nazie et photographie 106
> poses sur un tronçon d’Omaha Beach. Selon la légende, il trompe la
> mort pendant au moins une heure trente (on lit même /“pendant plus de
> six heures”/ sur sa page Wikipédia
> ) seulement
> armé de ses deux appareils Contax et de son Rolleiflex, avant de
> s’enfuir avec une péniche qui part dans le sens inverse et restituer
> comme il se doit les pellicules à la rédaction de /LIFE/.
>
> Hélas, un laborantin maladroit, qu’on décrit comme adolescent, pressé
> par le bouclage et excité par ce qu’il tient entre les mains, les
> détruit malencontreusement au développement. Ne reste alors que onze
> clichés assez flous publiés par /LIFE/ en date du 19 juin 1944. Ce
> témoignage photo du débarquement sauvé du néant sera baptisé
> /Magnificent Eleven
> ./ Les photos
> sont aujourd’hui propriété de l’agence Magnum.
>
>
> Une histoire “assez navrante”
>
> Chouette histoire, non ? Dommage qu’elle soit fausse. Depuis juin
> 2014, le célèbre critique photo américain A.D Coleman
> publie sur son blog de
> nombreux billets remettant en cause la version “canonique” des
> prouesses de Robert Capa le 6 juin 1944. Pendant un an, Coleman s’est
> adjoint les efforts du Pulitzer J. Ross Baughman, de Rob McElroy et
> plus tard de l’historien militaire Charles Herrick pour démonter pièce
> après pièce les mensonges successifs et prouver que le chef du service
> photo de /LIFE /à l’époque, John Morris, ainsi que l’International
> Center of Photography (ICP) et l’agence Magnum ont tenté de réécrire
> l’Histoire et de faire passer Capa pour plus héroïque qu’il ne l’était
> en réalité. L’enjeu : conserver coûte que coûte le vernis propre et
> lisse sur la figure de bravoure inaltérable du journaliste.
>
> Konbini a repéré cette histoire grâce à Patrick Peccatte, auteur du
> blog Déjà Vu , qui travaille depuis
> huit ans au Laboratoire d’Histoire visuelle contemporaine
> (Lhivic) et participe à la
> plateforme Culture Visuelle . Avec un
> bagage qui l’a amené à étudier tant les éléments de la culture
> populaire (pulp, comics…) que les représentations de la guerre dans la
> culture populaire, il fait également partie d’un collectif de
> passionnés d’images de la Bataille de Normandie nommé PhotosNormandie
> (une mine d’or
> sur Flickr,
> documentée et légendée de façon rigoureuse). Il a notamment prouvé que
> les photos de Robert Capa avaient été publiées avant d’être dans le
> /LIFE/ du 19 juin dans un article très complet à lire sur Culture
> Visuelle.
>
> Convaincu par les efforts d’enquête du quatuor d’experts américains,
> il s’est confié la lourde tâche de les synthétiser dans la langue de
> Molière, et son billet est à lire par ici.
> Aujourd’hui, s’il en parle, c’est
> comme d’une histoire/ ”assez navrante”/. Lui n’a jamais confondu
> “respect” et “admiration” :
>
> Qualifier Capa de “plus grand photographe de guerre” est peut-être
> aujourd’hui un cliché, mais il reste une référence absolue pour le
> journalisme. Tout photojournaliste a une haute idée de son travail. Il
> a construit sa notoriété sur les terrains de guerre, avec certes des
> éléments qui apparaissent parfois biaisés, il a amené quelque chose au
> journalisme de guerre, c’est un incontournable.
>
> Je conserve une grande admiration pour Capa mais je n’en ai jamais
> fait un mythe. Ne serait-ce que parce qu’il se voyait lui même comme
> un personnage romanesque, a écrit son bouquin /Slightly Out Of
> Focus/ pour en faire un scénario de cinéma.
>
> Mais qu’est-ce qui cloche pour que Capa en prenne autant pour son
> grade ? On vous explique point par point.
>
>
> Les faux négatifs montrés par TIME
>
> Interrogé par nos soins, le critique A.D Coleman explique avoir
> commencé à s’intéresser à cette histoire par accident : /TIME/
> magazine publiait voilà un an (à l’occasion du 70e anniversaire du
> débarquement) une vidéo qui célébrait les images de Capa sur Omaha
> Beach. La voix-off était assurée par John Morris, chef du service
> photo de /LIFE/ au moment de l’invasion de Normandie – et proche de
> Robert Capa. Elle est à voir ci-dessous.
>
> Basé sur sa large expérience de photographe de guerre, J. Ross
> Baughman a repéré de sérieux écarts entre la narration de la vidéo
> (par Morris) et les images montrées dans le film. A.D Coleman vous
> traduit :
>
> Les images du film incluaient des exemples des négatifs de Capa
> supposément “ruinés” après le Jour J, que Morris décrit avoir été
> détruites par un jeune assistant au développement inexpérimenté. Nous
> ne le savions pas à l’époque, mais des recherches de l’un des membres
> de notre équipe, Rob McElroy, ont prouvé que les exemples de ces
> négatifs “ruinés” étaient en fait des faux. Notre publication du
> rapport de McElroy sur ce hoax a forcé/TIME/ à réviser sa vidéo du
> jour au lendemain.
>
> On voit bien dans la vidéo de faux négatifs, auparavant présentés
> comme ceux-là même utilisés par Capa et détruits au développement.
> Baughman /“en a conclu que l’histoire standard de ces images et leur
> destruction à Londres n’avait pas de sens, et a jugé que Capa avait
> failli à sa mission”./ C’est la première étape de l’enquête, l’acte
> déclencheur. Coleman se plonge alors lui aussi dans le fact-checking
> et se découvre convaincu :
>
> Soudain, l’entière version de l’histoire racontée par Capa et Morris
> et répétée sans scrupules par d’autres est simplement tombée en
> morceaux. Je n’y croyais plus du tout.
>
> Mais ce n’était que le début d’une longue enquête contre ce qu’il
> nomme désormais le “Consortium Capa” : /“Aujourd’hui, nous avons
> publié une étude de la taille d’un livre sur ce sujet, plus de 40
> chapitres, avec d’autres à venir – notamment sur les rôles qu’ont joué
> Magnum et l’ICP en propageant activement cette affabulation”/,
> ajoute-t-il.
>
>
> Une question de timing
>
> Évidemment, l’incohérence de cette vidéo produite en 2014 n’est pas la
> seule repérée par les enquêteurs. Une autre concerne une bête question
> de temps : comme Patrick Peccatte le relaye dans son résumé de
> l’incommensurable boulot de l’équipe de Coleman, des témoignages
> indiquent que Capa s’est tiré de la zone de combat, Omaha Beach, à
> bord d’un Landing Craft Infantry (LCI, grande péniche de débarquement)
> à 7h47 précisément, s’aidant de l’heure d’une explosion survenue juste
> après pour indiquer le temps. Le machiniste Clifford L. Lewis indique
> qu’un photographe de /LIFE/ montait alors à bord, /“complètement
> trempé”/. Un témoignage conforme à la version de Capa, jusqu’à
> l’explosion, dans son autobiographie romancée /Slightly Out Of Focus…/
>
> … Sauf que Capa a foulé le sol d’Omaha avec la deuxième vague de
> débarquement, et non pas la première – qui est arrivée, elle, à 6h30.
> /“L’heure d’arrivée de Capa peut être estimée entre 7h20 et 7h40″/,
> écrit Patrick Peccatte. Et non pas 6h30. Après calcul, le temps total
> passé par Capa sur la plage ne serait alors que d’une trentaine de
> minutes à pied sur le bord de la plage, grand maximum – et 72 minutes
> au total si l’on inclut l’attente du retour dans le LCI puisque
> celui-ci ne quittera la plage qu’à 8h37.
>
> Résultat : si on n’est pas absolument certain de l’heure à laquelle le
> photographe met le pied sur la plage normande, il semble qu’il soit
> resté bien moins d’une demi-heure sur la plage à prendre des photos,
> entre 7h20 à 7h40 et… 7h47. On est loin de l’heure et demie
> habituellement convenue par la légende, plus loin encore des six
> heures passées en dansant sous la mitraille que Wikipédia rapporte –
> et ce témoignage contredit la version de Robert Capa qui écrit dans
> son autobiographie : /“Je suis un joueur. Je décidai de partir avec la
> compagnie E dans la première vague.” /Mouais.
>
>
> The Face in the Surf
>
> Un autre témoignage est celui de l’historien Lowell Getz. Il a réussi
> à /“établir de manière convaincante”/ que l’homme qu’on distingue sur
> la photo de Capa la plus célèbre de ce jour-là, /The Face in the Surf/
> ,
> est le soldat Huston “Hu” S. Riley. En 2004, le vétéran donnait une
> interview
>
> dans laquelle il assurait avoir été secouru par deux hommes, un
> sergent et un photographe /“avec un appareil autour du cou et un
> insigne de presse autour de son épaule”/.
>
> Selon lui, juste après ça, le mystérieux photographe /“est parti dans
> l’eau vers une péniche de débarquement”/. Encore un témoignage
> expliquant que Capa n’est pas resté bien longtemps sur la plage – à
> lire en français sur Slate
> .
>
>
> L’eau de mer et l’assistant labo
>
> Autre incohérence : l’histoire de l’assistant au labo photo qui aurait
> foiré le développement tout seul n’est pas la première version
> racontée pour expliquer la presque centaine de clichés disparus : dans
> l’édition de /LIFE/ du 19 juin, à la parution des photos du Jour J de
> Capa, le magazine blâme non pas un jeune technicien maladroit, mais
> l’eau de mer qui aurait endommagé les films… L’enquête Coleman
> retrouve même une lettre de Capa à sa mère et son frère envoyée fin
> juin 1944 qui corrobore ces propos.
>
>
> On ne détruit pas des films comme ça
>
> Aussi, selon Coleman et son équipe d’experts avisés en photographie,
> il semble peu tangible qu’un accident au développement ait pu
> détériorer /“de manière aussi discriminante”/ les deux tiers d’un
> film, tout en laissant le dernier tiers immaculé (les 10 ou 11 photos
> existantes). Richard Whelan, biographe officiel de Capa, ainsi que sa
> successeure curatrice à l’ICP Cynthia Young, soutenaient pourtant
> cette théorie avant qu’elle soit battue en brèche par une autre.
>
> Aujourd’hui, /“De l’avis de tous les spécialistes”/ selon Peccatte, si
> la température trop élevée du séchage avait dû endommager les films,
> la dizaine qui subsiste ne devrait pas apparaître intacte (même si
> floue) comme c’est pourtant le cas. D’ailleurs, Patrick Peccatte abonde :
>
> Des films qui ont trop chauffé, ça devrait se voir. On aurait dû voir
> des images, même un peu flinguées. Au moins une émulsion, une image
> plus proche que celle qui subsiste…
>
>
> “Il a paniqué, comme n’importe qui aurait paniqué”
>
> Lorsqu’on interroge Peccatte et Coleman sur ce que Capa a réellement
> fait entre le moment où il a posé le pied sur le sable et celui où il
> est remonté dans une barge pour atteindre son salut, les deux sont
> assez raccord.
>
> Pour Peccatte, /“Capa a débarqué, est resté peu de temps, moins d’une
> demi-heure, peut-être un quart d’heure, et a pris la première péniche
> venue parce que sa vie était en danger. Je pense qu’il a paniqué –
> comme n’importe qui aurait paniqué. Il a eu le temps de prendre une
> dizaine de photos et il est rentré. Je ne dis pas que cette version
> est sûre à 100%, mais ce n’est pas salir la mémoire de Capa que de
> dire ça.”/
>
> Et pour Coleman ?
>
> Il y est allé. Pas avec la première vague, dans la seconde [...] mais
> il y est allé. Ça relève d’un grand courage, bien sûr, probablement
> plus que ce que vous ou moi aurions démontré. [...] Il a dû
> expérimenter une attaque de panique, qu’il confesse lui-même dans ses
> mémoires, courant pour sa vie vers une barge de débarquement et à la
> place de retourner au combat, a autorisé le bateau à l’emmener loin
> d’ici et, selon ses propres dires, se maudissant de sa lâcheté sur
> toute la route qui le ramenait en Angleterre.
>
>
> John Morris avoue
>
> Pour Coleman, la plus grande victoire de son travail d’investigation
> arrive en juillet 2014, lorsqu’il réussit à faire entendre à Morris
> dans une interview “/que ces onze vues constituent probablement la
> totalité des photos prises par Capa à Omaha Beach”/, mais aussi/“que
> [son] histoire “standard”, basée sur ce que Dennis Banks a dit durant
> cette nuit dans la chambre noire, était mal fondée.” /Sibyllin, il
> commente alors :
>
> C’est un grand soulagement pour moi de me rendre compte, après tout ce
> temps, qu’il se peut très bien qu’il n’y ait jamais rien eu dès le
> début sur ces trois bobines.
>
> Pour Patrick Peccatte, le rapporteur français de l’enquête de
> Coleman, les /“incohérences et revirements récents”/ de John Morris,
> ainsi que la relecture de l’imposture derrière la photo du /Falling
> Soldier/ (ou /Mort
> d’un Soldat Républicain/) ont fini de le convaincre :
>
> Finalement, le simple exercice de la raison l’a emporté sur
> l’attachement irréfléchi au personnage romanesque de Capa (rappelons
> qu’il avait écrit /Slightly out of focus/ pour servir de base à un
> scénario cinématographique). Je dois désormais me rendre à l’évidence
> : l’histoire des clichés ruinés par un laborantin inexpérimenté est
> une fable fabriquée, diffusée, et par-dessus tout soigneusement
> entretenue par le “business Capa”.
>
>
> Quel mobile ?
>
> Mais pourquoi Morris, Magnum et l’ICP ont-ils tant cherché à
> dissimuler le fait que Capa n’ait pas pris 106 images, mais seulement
> une dizaine sur la plage ? Pour Peccatte, il ne s’agit là que de
> conjectures :
>
> Mon hypothèse est qu’ils aient eu peur que le public soit déçu du
> faible nombre d’images de l’assaut rapportées le 6 juin par Capa, et
> que les photos qu’il y avait sur les trois autres rouleaux étaient des
> images banales d’avant le débarquement. Ou alors elles n’étaient pas
> bonnes, il est possible que les images aient été simplement
> inexploitables.
>
> Pour Coleman, en revanche, le mobile est limpide : anobli depuis peu
> tel le /“plus grand photographe de guerre au monde”/, il ne pouvait
> tout simplement “/pas/ /échouer”./ Pourtant, il “/n’a pas réussi à
> remplir l’engagement qui l’a amené ici et a échoué à sa réputation de
> meilleur photographe de conflit”/.
>
> Selon les résultats de l’enquête Coleman, ce n’est pas le photographe,
> mais bien John Morris qui a orchestré cette fausse histoire de 106
> photos prises dans le but de/ ”couvrir les culs de tout ceux
> impliqués”/ dans les bureaux de /LIFE/, pendant la nuit du 7
> juin. Voilà sa version :
>
> Clairement, /LIFE/ (et Morris) attendaient de Capa une couverture
> intensive de la bataille. Pas dix pauvres clichés pris en 15 à 30
> minutes. De plus, les cinq premières expositions montrent des troupes
> qui débarquent et ont été prises depuis le bateau Higgins qui l’a
> amené ici. Ces photos ne font que se répéter. Des cinq qui suivent,
> deux ne montrent rien de distinct, aucune d’entre elles ne fait le
> point et seule une – /The Face in the Surf/ – est conforme au crédo de
> Capa : /“Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes
> pas assez près”./
>
> Ce n’était donc pas qu’un embarras pour [Capa], c’en était également
> un pour /LIFE/ et pour Morris. Il y avait besoin de réparer cela ; une
> nouvelle histoire devait être écrite.
>
> Rappelez-vous que lorsqu’il écrit son autobiographie /Slightly Out of
> Focus/, Capa a déjà en tête de vendre ses mémoires à Hollywood afin
> d’en produire un scénario. /“Mais aucune version dans laquelle il
> échoue à ses obligations professionnelles le Jour J et prend ses
> jambes à son cou après seulement quelques minutes et dix photos ne se
> serait vendue”/, selon A.D Coleman. Par contre, le critique trouve
> bien plus cinématographique la catastrophe de la perte des images sous
> le nez-même du staff de /LIFE/ magazine.
>
> De la part de Capa, il est donc compréhensible d’avoir voulu redorer
> son blason après un échec si cuisant pour sa réputation. Mais pourquoi
> ce soutien indéfectible de la part des autres parties alors que le
> photographe est mort en 1954 ? Ce n’est pas un mystère pour Coleman :
>
> L’héroïsme de Capa sert ainsi de mythe fondateur profitable à la fois
> pour Magnum et l’ICP, et devient rentable pour eux aussi bien
> financièrement que sur le plan de l’image de marque. Toutes les
> institutions et les individus impliqués ont un profond investissement
> économique et marketing dans le maintien de la légende.
>
> Puis il y a l’amitié, la collégialité et la loyauté. Tous ces gens se
> connaissent : Capa, son frère Cornell (fondateur de l’ICP), Morris,
> toutes les autres figures de Magnum, toutes celles de l’ICP. Les
> enchevêtrements de leurs engagements personnels et professionnels sont
> profonds et remontent à des décennies, jusqu’au bout des années
> 1940. Je ne pense pas que nous devions chercher “d’autres raisons”
> au-delà de l’intérêt personnel éclairé de tous les intéressés.
>
>
> Démonter un mythe de la pop culture
>
> Plus de 70 ans après, qu’est-ce que ces révélations nous apprennent ?
> Qu’un photographe aussi réputé, révéré, adulé que Robert Capa était,
> somme toute, un homme comme les autres./“Si vous acceptez notre
> démonstration, cela montre deux choses”/, explique Coleman. /“D’abord,
> que Capa était prêt à agir de façon imprudente, irresponsable et
> frauduleuse à propos du contenu de ses images et des situations dans
> lesquelles il les créait [...] Cet épisode suggère que nous avons
> besoin de regarder de manière critique le travail et les dires laissés
> par Capa – et par extension d’autres de ses confrères de cette période”./
>
> Eh oui. Si aujourd’hui on exige une impartialité, un sérieux et une
> honnêteté totale à un reporter – notamment en zone de conflit –
> Coleman juge /“anachronique”/ de demander la même chose à des
> journalistes et photojournalistes d’il y a 70 ou 80 ans.
>
> Mais selon l’expert, cette histoire est surtout intéressante parce
> qu’elle prouve qu’un mythe, aussi sacré soit-il, peut être démonté.
> Pourquoi ? Parce que :
>
> Si une histoire est assez séduisante, elle peut prendre une vie
> propre, tout comme celle-ci (nourrie par Capa et surtout par Morris),
> pénétrant non seulement l’histoire d’une discipline [comme le
> journalisme de guerre], mais aussi la pop culture elle-même, devenant
> un mème, une auto-réplication. Et cela montre aussi que même ceux qui
> se présentent comme engagés à témoigner de la vérité peuvent y succomber.
>
> Ouch. Avec cette version, la légende Capa en prend un coup. Pourtant,
> ce n’est pas la première fois que le célèbre photographe est pris la
> main dans le sac en plein bidonnage. En 2009, José Manuel Susperregui
> publie /Sombras de la Fotografía /(“Ombres de la Photographie” en
> français), un livre dans lequel il démontre que /Mort d’un Soldat
> Républicain/, probablement le cliché le plus célèbre de Capa et
> prétendument pris en action, ne pouvait être fidèle à la version
> racontée dans les livres.
>
> La légende raconte que Capa aurait eu la chance d’appuyer sur le
> déclencheur au moment même où une balle touche le militaire
> antifasciste. Or, l’auteur prouve que la photo a été prise à Espejo,
> un village qui n’était pas dans une zone de combat contre les franquistes…
>
> Pourtant, A.D Coleman lui trouve bien des circonstances atténuantes :
> /“C’était une autre époque, le medium de photojournalisme prenait
> encore tout juste forme, aucune règle précise n’avait été mise en
> place pour guider et donner de la discipline à ses pratiquants, ni
> pour détecter, ni pour punir les fraudes”/.
>
>
> Travail récompensé
>
> Pour leur travail d’enquête autour de la véritable histoire de Robert
> Capa le 6 juin 1944, le trio A.D Coleman, J. Ross Baughman, Rob
> McElroy a reçu le prix Sigma Delta Chi (SDX) de la part de la Society
> of Professional Journalists (SPJ), l’un des syndicats de presse les
> plus importants des États-Unis. /“Au moins, cela devrait-il indiquer
> que nos confrères aux États-Unis ne considèrent pas nos déclarations
> inappropriées pour une telle enquête”/, s’amuse Coleman.
>
> /Pour lire les billets parus (et à paraître) de l’enquête consacrée à
> Capa le 6 juin 1944 par l’équipe d’A.D Coleman, rendez-vous sur son
> site, Photocritic International
> .
> Pour lire la synthèse de Patrick Peccatte, en français, c’est sur son
> site Déjà Vu. /
>
> /Merci à Patrick Peccatte et A.D Coleman pour leurs propos, leur aide
> et leur patience./
______________________________
Mon site: http://usairborne.be
l'adresse mail: x_va@hotmail.com

"L'homme est souvent décevant,
mais parfois époustouflant."
Olivier de Kersauson


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MessagePosté le: 06/08/2015 08:18:07    Sujet du message: Publicité

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